Un film, des médecins - Barberousse, le médecin des pauvres

Un film, des médecinsBarberousse, le médecin des pauvres

22.07.2011

Deuxième épisode de la « Trilogie de la misère », « Barberousse » raconte la transformation d’un médecin novice qui petit à petit abandonne ses préjugés de classe. Il s’agira pour lui de laisser de côté ses certitudes et de regarder enfin la réalité en face, en délaissant ses riches habits de cour pour revêtir l’uniforme rêche du médecin. Avant de démarrer le tournage, Akira Kurosawa avait fait écouter à son équipe la Neuvième symphonie de Beethoven : « Ce film sera comme cette musique : parfait. […] Un film que les spectateurs seront obligés de regarder. »

  • La dernière collaboration entre Kurosawa et Toshiro Mifune

    Barberousse, le médecin des pauvres

Fiche technique

Barberousse (1965)

Titre original

Akahige

Réalisation

Akira Kurosawa

Distribution

Toshirô Mifune, Yuzo Kayama, Tsutomu Yamazaki, Reiko Dan, Miyuki Kuwano

Scénario : Masato Ide, Ryuzo Kikushima, Akira Kurosawa, Hideo Oguni, d'après le roman de Shugoro Yamamoto

Photographie

Asakazu Nakai, Takao Saitô

Musique

Masaru Satô

Durée

177 minutes

L’histoire.

Au début du XIXe siècle, Yasumoto Noboru revient à Edo (le premier nom de Tokyo) songeant à faire carrière. Son étude de la médecine occidentale (à Nagasaki, la capitale de la médecine à l'époque) et ses origines le destinent en effet à l'accession à de hautes sphères médicales. A son grand désarroi, il est nommé interne dans la clinique du médecin des pauvres, Kyojo Niide, dit Barberousse. Après s’être violemment insurgé contre le maître des lieux qu’il juge fruste et autoritaire, contre l’état déplorable des lieux et contre les malades, pauvres et sales, il change totalement de tactique et s’enferme dans le mutisme. Refusant de vêtir la tenue de médecin, il s’isole dans sa chambre passant son temps à boire du saké, espérant que cette attitude négative lui permettra d’être transféré ailleurs.

Son attitude ne va pas changer jusqu’à ce qu’une jeune folle enfermée dans un pavillon annexe de l'hospice se réfugie dans sa chambre après avoir tenté de s’échapper. Les médecins la surnomment « la mante religieuse » car elle a déjà tué trois hommes. Après avoir fait comprendre à Yasumoto que son état mental est dû aux viols à répétition subis durant son enfance, elle veut poignarder le jeune médecin avec son épingle à cheveux. Enivré par le saké, Yasumato est sans défense et ne doit son salut qu'à l'intervention de Barberousse.

Après cet épisode qui a rapproché les deux hommes, Barberousse demande à son élève désormais moins rétif de l'assister dans une opération délicate qui consiste à recoudre, sans anesthésie le ventre d’une jeune ouvrière blessée par la chute d'une machine. Yasumoto se retrouve ainsi enfin confronté à la dure réalité médicale, alors qu'il n'avait jusqu'ici jamais dépassé le stade de la théorie. Il finit par s’évanouir, terrorisé, alors qu’il était censé tenir les jambes de la jeune femme.

En définitive, Barberousse se révèle être un homme plein de compassion pour qui on ne peut soigner les corps sans « eloigner la misère et l'ignorance », causes de tous les maux des miséreux. Yasumoto, pour sa part, fait enfin preuve d’humilité, et accepte enfin de porter la modeste tenue de médecin des pauvres.

Le sentant désormais prêt, Barberousse lui demande de s’occuper d’une jeune adolescente prostrée, Otoyo, tirée des griffes d’une tenancière de maison close, qui l'exploitait sans répit. L' entreprise semble impossible, tant le mal qui ronge la jeune fille est profond. Mais Yasumoto tombe brusquement malade et Otoyo va s'occuper de lui nuit et jour. Les deux êtres en sortiront profondément changés : le jeune médecin va s'investir à fond dans sa tâche et la jeune fille va s'engager sur la voie d'une irrémédiable guérison.

Yasumoto finit par se marier et bien qu'il ait été accepté dans l'hopital du shogunat qui aurait pu lui assurer un avenir doré son ambition initiale, il va préférer travailler dans la clinique de Barberousse. L’humanité a enfin pris le dessus sur l’ambition ! Accepter la souffrance et l’odeur de la misère, celles « des fruits pourris ». Accepter de voir la souffrance. Apprendre à voir et accompagner la mort qui peut parfois être apaisée, parfois violente. Yasumoto est bien devenu le disciple de Barberousse.

Un médecin d’ombres et de lumières

Akira Kurosawa voulait avant tout mettre en lumière les qualités compassionnelles du Dr Barberousse. Mais son interprète principal, le génial Toshiro Mifune (Les 7 samouraï) ne l’entendait pas de cette oreille.

« Mifune n'a rien voulu entendre. Il a voulu jouer le personnage qu'il avait en tête, une sorte de héros sublime sans peur et sans reproche, et donc fatalement aussi sans humanité. Son interprétation héroïque, granitique, austère, a faussé le personnage. Mifune n'a pas voulu m'écouter. Alors j'ai décidé de ne plus travailler avec lui. Quand un acteur commence à jouer son propre personnage, c'est fini. » regettera ainsi amèrement le metteur en scène japonais, poursuivant : « Être un homme, cela signifie avoir tout expérimenté de la vie, victoires et défaites, dit un proverbe japonais. Barberousse, à mon avis, devait être le portrait de cet homme intégral, un mélange d’ombre et de lumière : pour être crédible, Barberousse devait avoir des défauts. Mifune n’a pas voulu m’écouter. Alors j’ai décidé de ne plus travailler avec lui. Quand un acteur commence à jouer son propre personnage, c’est fini. »

Un tournage orageux

Triste fin de collaboration entre deux géants du cinéma japonais: Toshiro Mifune, grande gueule mais bonne pâte, et Akira Kurosawa qui pouvait être tyrannique sous ses apparences réservées. Mais quelle ultime collaboration, car il s’agit bien là d’un monument du Septième Art…

En DVD

Barberousse est disponible en édition séparée chez Arte mais aussi dans un coffret qui réunit La Légende du grand judo / Le Château de l'araignée / La Forteresse cachée / Sanjuro / Barberousse / Dodes'ka-den. Malheureusement, celui-ci est presque introuvable...

Source : Legeneraliste.fr
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