Un film, un médecin - Cas de conscience

Un film, un médecinCas de conscience

21.07.2011
  • Cas de conscience - 1

    Cas de conscience

Titre original

Crisis

Année de sortie

3 juillet 1950 aux Etats-Unis, 7 mars 1951 en France

Réalisateur

Richard Brooks (voir interview)

Distribution

Cary Grant (Dr Eugene Ferguson), José Ferrer (Raoul Farrago), Paula Raymond (Helen Ferguson), Signe Hasso (Isabel Farrago), Ramon Novarro (Colonel Adragon)…

L’histoire

Le Dr Ferguson, neurologue de renommée mondiale, alors qu’il est en voyage de noces dans un pays ( imaginaire) d’Amérique Latine en proie aux émeutes, est «réquisitionné» par la police du dictateur local, José Farrago, pour se rendre au chevet de celui-ci atteint d’une tumeur au cerveau. A son corps défendant, il doit accepter d’opérer le tyran. Alors que sa femme s’apprête à repartir seul aux Etats-Unis, elle est enlevée sur le chemin de l’aéroport par les troupes révolutionnaires qui font passer le message suivant à Ferguson : si Farrago sort vivant de l’intervention chirurgicale, votre femme sera exécutée… Mais le billet ne parvient pas à Ferguson, intercepté et détruit par Isabel, l’épouse du dictateur…

Richard Brooks, un apôtre de la liberté

Journaliste de formation, Richard Brooks s’est montré, dès ses premiers articles parus au détour des années 1940, un farouche défenseur des causes humanitaires et de la démocratie. Ses articles polémiques le font connaître d’Hollywood où il s’installe en 1941 pour entamer une deuxième vie de scénariste et y signer quelques films restés dans la légende : « Les Tueurs » de Robert Siodmak en 1946, « Les Démons de la Liberté »de Jules Dassin et «Feux croisés » d’Edward Dmytryk en 1947 et « Key Largo » de John Huston en 1948. Excusez du peu !

Engagé par la Metro-Goldwin-Mayer en 1949, il réalise son premier film l’année suivante, en l’occurrence ce «Cas de conscience » qui fait l’objet de cette chronique. Dans tous ses premiers films va défendre ses idées humanistes. Dans « Bas les masques », chronique annoncée de la disparition d’un grand journal new yorkais, il défend la liberté d’expression. Avec Sergent la Terreur (Take the High ground), il dénonce les abus de pouvoir de l’armée. Graine de violence (The Blackboard Jungle) est l’occasion de s’intéresser à la délinquance juvénile mais aussi aux affrontements raciaux. Le Carnaval des Dieux est lui encore un vibrant plaidoyer contre le racisme.

Puis vient le temps des adaptations littéraires et là encore sans faute de goût. Jugez-en : « Les frères Karamazov » en 1957, « La Chatte sur un toit brûlant » en 1958, Elmer Gantry (d’après Sinclair Lewis), magnifique pamphlet contre les prédicateurs qui sévissent dans le Sud profond, en 1960. Avec « Lord Jim », il s’en sort avec les honneurs tant le roman de Conrad semblait inadaptable. Et il signe son chef-d’œuvre en 1967 «De sang-froid » (In cold blood) adapté du récit de Truman Capote sur le massacre gratuit d’une famille par deux adolescents, s’en prend sans ménagement à la société américaine ayant perdu toutes ses valeurs et aux partisans de la peine de mort.

À la fin des années 1960, Richard Brooks va commencer à espacer ses réalisations mais livrera encore deux films notables : A la recherche de Mr Goodbar (Looking for Mr Goodbar), avec Diane Keaton, où il s’intéresse à la libéralisation des mœurs dans un monde sans justice et « Morts en direct », où comme bouquet final, s’attaque joyeusement à la télévision, à l’armée et aux politiciens. Un superbe bouquet final.

Notre avis

Difficile en voyant Cas de Conscience de ne pas penser, en voyant le couple Farrago, à Juan et Eva Peron qui régnaient alors sans partage sur l’Argentine. Même s’il a encore les défauts d’un premier film, Cas de conscience reste un film plus qu’estimable et à voir, posant une question essentielle : Faut-il porter assistance à n’importe quelque être humain, même si celui-ci se révèle le plus sanguinaire des dictateurs. L’opposition entre Cary Grant et José Ferrer est aussi un grand moment de cinéma.

Source : Legeneraliste.fr
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