Santé publique - Les généralistes ne dépistent pas suffisamment les hépatites

Santé publiqueLes généralistes ne dépistent pas suffisamment les hépatites

25.05.2011

Alors qu’à l’occasion de la journée nationale de lutte contre les hépatites, Nora Berra vient d’appeler à « accentuer notre effort pour améliorer l’accessibilité aux dépistages des hépatites B et C » plusieurs travaux publiés aujourd’hui dans le BEHweb soulignent les progrès qu’il reste à faire. Une étude auprès de 2000 généralistes montre que la proposition de dépistage est loin d’être systématique chez les patients à risques.

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    Les généralistes ne dépistent pas suffisamment les hépatites

Si certaines populations à risque d’hépatite sont aujourd’hui relativement bien dépistées, d’autres « moins classiques » passent encore à travers les mailles du filet. Tel est le constat dressé par le BEH web publié ce mercredi. Dans ce numéro dédié au dépistage des hépatites virales, Arnaud Gautier et Christine Jestin (Inpes) ont analysé les pratiques en la matière de plus de 2000 médecins généralistes. Résultat : « la proposition de dépistage des hépatites virales par les généralistes n’est pas systématique pour l’ensemble des patients pour lesquels existent des recommandations » indiquent les auteurs. Ainsi, pour l’hépatite C, si la majorité des médecins proposent le dépistage de manière systématique aux usagers de drogue (76,6 %) et aux personnes transfusées avant 1992 (59,5 %), seule une minorité le fait pour les personnes ayant un tatouage ou un piercing (21,7 %) ou celles ayant subi un acte chirurgical ou médical invasif (17,6 %). Même constat pour le dépistage du VHB, largement prescrit aux usagers de drogues (par 73,1 % des MG), à l’entourage familial d’un patient porteur de l’antigène HBs (61,8 %) et aux personnes ayant des comportements sexuels à risque (55,9 %), mais encore trop confidentiel pour les personnes en situation de précarité (14,3 %) et celles originaires d’un pays de forte endémie (38,6 %).

Découverte fortuite

Une autre étude publiée dans le BEHweb (Delphine Rahib et coll. / InVs) enfonce le clou, montrant que parmi les patients dépistés Ag HBs positifs en 2008, 83 % étaient originaires d’une zone de moyenne ou de forte endémicité VHB. Pourtant, parmi ces patients, « moins d’un sur cinq avait été dépisté du fait de facteurs de risque et pour plus de 60 %, l’hépatite B avait été découverte de façon fortuite » soulignent les auteurs.

Pour expliquer ce paradoxe, l’Invs avance plusieurs hypothèses telles des difficultés à aborder la question du dépistage avec ces patients mais aussi une certaine méconnaissance par les praticiens des populations à risque ciblées par les recommandations de dépistage. « Dans cette perspective, la réactualisation et la diffusion des recommandations de dépistage semblent être un préalable important » estiment Delphine Rahib et coll.

Autre obstacle au dépistage mis en avant par ces auteurs : les difficultés exprimées par les généralistes quand à la prescription et l’interprétation des marqueurs sérologiques. À ce titre, les récentes recommandations de la HAS visant à déterminer le meilleur algorithme de dépistage biologique des marqueurs de l’hépatite B « devraient à terme constituer une aide précieuse ». Ce travail a validé trois scénarios possibles mais privilégie la recherche d’emblée de trois marqueurs (Ac anti-HBc, Ag HBs et Ac anti HBs). Plus coûteuse, cette stratégie permettra, si elle était retenue par le ministère, de déterminer en un seul temps, sans ambiguité, le statut immunitaire des personnes à risque. Par ailleurs « la prise en charge à 100 % des sérologies de l’hépatite B, inscrite au plan national de lutte contre les hépatites B et C, devrait également contribuer à favoriser la prescription du dépistage. Enfin, le développement et l’utilisation d’un test de dépistage rapide permettront à moyen terme d’atteindre certaines populations difficiles d’accès ». Dans ce domaine, plusieurs alternatives aux tests veineux ont été développées « comme par exemple des tests immunologiques sur carte ou bandelettes permettant la mise en évidence d’anticorps anti-VHC (tests rapides d’orientation diagnostique) et des tests non immunologiques sur papier buvard permettant de détecter et éventuellement de quantifier l’ARN du VHC » rapportent Stéphane Chevaliez et Jean-Michel Pawlotsky (Créteil) dans le BEH. Ces tests, qui utilisent des supports biologiques comme le liquide créviculaire ou le sang total capillaire prélevé au bout du doigt, autorisent une biologie délocalisée auprès du patient, ou “point-of- care testing” (POCT). Mais des évaluations sont encore nécessaires avant de pouvoir envisager leur utilisation à plus large échelle. « C’est dans cet esprit que j’ai récemment saisi l’AFSSAPS pour qu’elle évalue la performance des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) et la HAS, pour qu’elle en définisse la stratégie d’utilisation » a annoncé ce matin Nora Berra lors de l’inauguration de la journée nationale de lutte contre les hépatites.

Perte de chance

Pour la secrétaire d’État chargée de la santé, le renforcement du dépistage « est d’autant plus important que les traitements disponibles jusqu’à présent permettent de guérir 50 % des hépatites C et de contrôler 80 % des hépatites B ». Ainsi, il y a aujourd’hui une vraie perte de chance pour les patients non dépistés.

Dr Bénédicte Gatin
Source : Legeneraliste.fr
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