Vos réponses à notre enquête - Médecine de proximité: ce que les médecins généralistes veulent changer

Vos réponses à notre enquêteMédecine de proximité: ce que les médecins généralistes veulent changer

16.08.2010

Vous n’avez jamais été aussi nombreux à participer à une enquête du Généraliste. Vos retours témoignent d’une inquiétude croissante de la profession, mais aussi de réelles attentes et d’une volonté de changement des règles du jeu concernant l’installation, les modes d’exercice et de rémunération. La synthèse des 1 348 questionnaires reçus a été transmise à Élisabeth Hubert qui nous livre ses commentaires. Retrouvez aussi dans ce dossier tous les résultats question par question, ainsi que les très nombreux courriers reçus des médecins généralistes à cette occasion.

Plutôt changer les règles du jeu que laisser la médecine de proximité se détériorer davantage… C’est dans cet état d’esprit qu’apparaissent les médecins généralistes qui ont répondu à notre enquête sur la médecine de proximité. Premier constat qui en soi en dit long sur leur préoccupation : les généralistes ont été très nombreux à participer, en prenant la parole dans le cadre de la concertation menée par Élisabeth Hubert. Diffusé via notre journal ou sur notre site internet legeneralise.fr, ce questionnaire a retenu l’attention de 1 348 praticiens ! Du jamais vu lors des coups de sonde auprès de notre lectorat… "Je crois que pour les médecins le fait de répondre a été un moyen de tirer la sonnette d’alarme. Et ce qui me frappe, c’est la proportion de médecins qui exercent dans des zones de moins de 5 000 habitants. Ce sont ceux-là, qui aujourd’hui, se posent énormément de questions; même si je me garderai bien de dire qu’il n’y a pas de problèmes dans les grandes villes," commente Élisabeth Hubert.

Forte inquiétude

De fait, la première analyse ramenée dès le début du terrain par l’ancienne ministre (Le Généraliste du 28 mai) se confirme : l’inquiétude est forte dans les cabinets médicaux. Interrogés sur leur perception de la pénurie (voir infographie), plus de huit généralistes sur dix la jugent, d’ores et déjà, effective (49 %) ou inévitable (35 %) dans la zone même où ils exercent. La situation est donc inquiétante sur le plan quantitatif. Et quand on les interroge sur l’aspect qualitatif, deux motifs d’insatisfaction remontent presque à égalité : l’insuffisance de la rémunération (40 %) (voir infographie) et le poids des charges administratives (37 %), loin devant la contrainte de la Pds (12 %) ou les exigences des patients (11 %).

Pour autant, face à des perspectives démographiques inquiétantes, la profession ne se contente pas de regarder en arrière. La tonalité dominante n’est pas nostalgique, mais dynamique. « Il n’y a pas autant d’immobilisme qu’on veut bien le croire », relève Élisabeth

Hubert. De fait, les généralistes apparaissent plus nombreux qu’on ne le pense à vouloir faire bouger les règles du jeu. D’abord, il se confirme que, pour une part non négligeable de la profession, la liberté d’installation n’est plus la vache sacrée de la médecine libérale. Seul un tiers la perçoit encore comme intouchable. Un autre tiers serait prêt à un conventionnement sélectif dans certaines zones excédentaires (comme pour les infirmières), le reste militant carrément pour une carte sanitaire répartissant les médecins là où il en faut. Certes, la notion de limitation de la liberté d’installation reste assez floue dans les esprits : quand on leur parle des Sros ambulatoires de la loi « HPST », seuls 21 % des médecins de famille pensent qu’il faut les rendre contraignants « pour les nouveaux médecins », une même proportion plaidant pour qu’ils restent, comme prévu, non opposables aux blouses blanches, et 56 % estimant que ces outils de planification doivent servir à diriger les aides là où c’est nécessaire.

Meilleures rémunérations

La médecine générale semble disposée aussi à bouger les curseurs sur les modes de rémunération. Certes, une majorité se dégage en faveur d’un maintien des règles du jeu actuelles… mais c’est une majorité relative (43 % tiennent au paiement à l’acte majoritaire). Les praticiens sont presque aussi nombreux (37 %) à se prononcer en faveur d’un mixte (50 % à l’acte, 50 % au forfait)  et 21 % tout de même optent pour la solution radicale du salariat. D’autres indices dans notre enquête manifestent une volonté de changement : nombre de généralistes sont favorables à une meilleure rémunération – des titulaires (59 %) ou des remplaçants (55 %) – en zones déficitaires, un peu plus d’un sur deux trouverait normal que l’ancienneté procure un bonus de rémunération et, surtout, près des trois quarts (74 %) estimeraient logique que les efforts d’EPP-FMC soient récompensés.

Dernier enseignement majeur de notre questionnaire : l’appétence pour les nouveaux modes d’exercice. Avec deux surprises de taille. D’abord, le modèle de la maison de santé séduit. Un médecin généraliste sur deux se dit en effet prêts à intégrer une structure de ce type, si elle s’implantait près de chez lui. Ensuite, le principe de la délégation de tâches ne suscite pas d’opposition. Au contraire : 74 % des questionnaires se disent prêts à un transfert de tâches à d’autres professionnels (voir infographie). Déléguer… mais pas n’importe quoi ! D’accord pour la paperasse, pour certains tests de dépistage, et pour prendre le poids ou la température. Mais pas d’accord du tout pour que le pharmacien renouvelle de lui–même des ordonnances pour des pathologies chroniques ou des contraceptifs…

Volonté d’évoluer

Apparemment pas étonnés par ces réponses, vos représentants soulignent tous la volonté d’évoluer des généralistes. « À l’évidence, le taux de réponse à votre enquête, particulièrement important, témoigne du fait que les spécialistes de médecine générale ont pleinement conscience d’être dans une époque de mutation, et ils ne font pas preuve de dogmatisme, au contraire?», convient le Dr Roger Rua, secrétaire général du SML. « L’acceptation de la délégation de taches est majoritaire, mais à condition que ces dernières soient bien identifiées. Ce qui prouve que les généralistes sont prêts à des évolutions?», souligne aussi le Dr Michel Combier (Unof). À MG France, on relève, dans les réponses, « le bon sens des médecins généralistes », à travers « la nécessaire évolution de la rémunération, et leur exigence de modernisation des conditions d’exercice, via un exercice regroupé, la délégation de certaines taches, et la coopération avec d’autres professionnels de santé de premier recours, paramédicaux?», se réjouit ainsi le Dr Claude Leicher. «?Le volet rémunération apparaît à la première place des réponses. Mais ce que veulent les généralistes, c’est surtout obtenir davantage de moyens pour pouvoir travailler mieux. Parce qu’aujourd’hui, l’activité n’est pas financée comme elle devrait l’être ; j’aimerais qu’Elisabeth Hubert le note dans son rapport conclusif?», suggère enfin le Dr Claude Bronner, co-président d’Union Généraliste.

Pour sa part, l’intéressée, qui a décortiqué vos contributions (voir les commentaires ci-dessous), encourage vivement ceux qui ne l’ont pas encore fait à participer à cette mission sur la médecine de proximité. Le site de la mission (www.medecine-de-proximite.fr), reste ouvert jusqu’à la rentrée. Viendra ensuite le temps de la rédaction… Date annoncée pour la remise du rapport d’Elisabeth Hubert?: début octobre.

Dossier réalisé par François Petty, Paul Bretagne et Véronique Hunsinger
Source : Legeneraliste.fr
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