Si Le Généraliste était paru en... 1908

Si Le Généraliste était paru en... 1908

21.05.2010

Un peu de publicité : La carnine Lefrancq.

C’est au berceau qu’il faut prendre l’homme. les enfants chétifs, disposés au rachitisme et à la scrofule, les petits descendants d’arthritiques, de tuberculeux et de syphilitiques, peuvent modifier notablement leurs prédispositions morbides par l’usage de la carnine Lefrancq qu’ils acceptent volontiers en raison de son goût très agréable. Les plus difficiles la prendront à leur insu, dans un liquide quelconque (eau minérale ou naturelle, thé, lait, etc.). La viande crue ne se remplace pas !

Les réformes du stage hospitalier

Beaucoup d’entre nous ont appris tout d’abord les journaux politiques qu’un grand meeting devait avoir lieu pour discuter les réformes des études médicales.

La presse médicale – un peu en retard – nous a ensuite donné des détails plus précis sur les desiderata des étudiants. Ceux-ci ne veulent plus perdre leur temps. Pour eux, la faculté doit se scinder en deux sections. Dans la première, scientifique, on cherchera à résoudre les problèmes scientifiques en cours d’étude et les étudiants n’iront pas troubler le repos et la méditation des chercheurs. Mais, dans la deuxième, la section profesionnelle, il faut des améliorations rapides, urgentes, permettant aux élèves de faire des études pratiques en mettant de côté tout ce qui est théorique pour ne pas se perdre dans le maquis de la pathologie « dans le temps et dans l’espace », suivant une comparaison actuellement consacrée.

Tout d’abord les étudiants trouvent qu’ils font trop d’anatomie, trop d’histologie et, cependant, on voit qu’en chirurgie ils ne savent plus rechercher les points douloureux dans les entorses. Il paraît que tout cela est bien secondaire puisqu’on masse, en bloc, toute l’articulation. Il ne faut pas se perdre dans les détails inutiles.

Mais c’est surtout la question du stage hospitalier qui est le grand cheval de bataille des esprits réformateurs.

On sait que ce stage est devenu obligatoire et est actuellement réglementé. Aujourd’hui, les étudiants commencent leur stage en 2e année, ils font quatre semestres de stage, alternativement en médecine et en chirurgie. Ils choisissentleur service d’après l’ancienneté et les notes obtenues aux examens. Or, dans quelques services, ils sont, paraît-il, abandonnés à eux-mêmes. Ils n’ont pas le droit d’examiner les malades, de faire des pansements; ils doivent regarder ce qui se fait, écouter ce qui se dit et puis se retirer. Ce stage un peu passif n’existe que dans deux ou trois services.

Mais il n’en est pas ainsi dans la plupart des autres services. l’hospitalité y est plus accueillante, les stagiaires ont un certain nombre de lits de malades auxquels ils sont attachés. Ils peuvent prendre des observations, faire des pansements. le font-ils ? Certes non. C’est trop fatigant. Cette insouciance des stagiaires n’est pas douteuse. Dans un article récent, les professeurs ont été comparés à des lanternes, quelques unes de première, toutes les autres de deuxième ou troisième grandeur. la même comparaison pourrrait être faite pour les élèves.

Naissance d’un nouveau mot : « sinistrose »

Le législateur ne peut évidemment tout prévoir. En légiférant sur les accidents de travail, nos honorables députés ne se doutaient pas qu’un jour viendrait où, grâce à eux et au Pr Brissaud la langue s’enrichirait d’un vocable neuf.

Comment est venu au monde ce nouveau-né ? C’est, il y a quelques jours, à la quatrième chambre du tribunal civil que cette naissance a été enregistrée. Le « comparant » était un ouvrier qui, guéri des suites d’un accident (il était tombé d’une échelle et s’était fait des contusions sans gravité) avait repris son travail; puis s’étant peu à peu persuadé à lui-même qu’il était encore malade, il avait réclamé de ce chef une indemnité à son patron qu’il rendait responsable, selon la loi.

Le Pr Brissaud, appelé à déposer comme expert, n’a pas craint de déclarer que cette préoccupation du sujet d’éprouver encore des douleurs imaginaires est devenu pour celui-ci le thème d’une méditation continuelle, obsédante et vraiment maladive. Il suffit de cet état mental si particulier pour entraîner la conviction qu’une maladie authentique s’est constituée de toutes pièces.

Comment définir cette maladie ? En l’absence d’un mot officiel consacré par un long usage, le Pr Brissaud a utilisé le barbarisme « sinistrose » pour préciser ce trouble mental, la « sinistrose » n’ayant rien à voir avec l’hystérie traumatique ou avec la neurasthénie traumatique, ni même avec la psychoasthénie traumatique. Pas plus que le choc physique, le choc moral n’est en cause. L’obsession a pour point de départ et pour but l’idée fixe que tout accident au cours du travail constitue un dommage entraînant une réparation. Mais cette idée n’est pas une conséquence nécessaire de l’accident en lui-même, l’accident n’en est que le prétexte. L’idée vient après coup, elle est voulue, réfléchie, méditée, développée, et le traumatisme ne s’impose pas au blessé par une force inéluctable.

Voila donc une maladie nouvelle, bien définie, que le Dictionnaire de l’Académie pourra, quand celle-ci en sera à la lettre S, enregistrer sous le nom de « sinistrose ».

Source : Legeneraliste.fr

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