Vaccin anti-VIH : pas de triomphalisme mais une avancée majeure

Vaccin anti-VIH : pas de triomphalisme mais une avancée majeure

25.09.2009

Les résultats d’un essai vaccinal sur 16 000 personnes montrent une réduction d’un tiers des nouvelles infections. Scientifiques et autorités sanitaires s’en félicitent mais restent prudents. Pour la plupart, c’est une bonne nouvelle. Pour autant tous soulignent que le vaccin vraiment efficace qui permettra de prévenir l’infection dans la quasi totalité des cas n’est pas prêt d’être mis au point.

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    Vaccin anti-VIH : pas de triomphalisme mais une avancée majeure

L’annonce jeudi des résultats d'un essai clinique d'un vaccin expérimental contre le sida dévoilés en Thaïlande a été accueilli avec optimisme, mais prudence dans le monde. En France, Roselyne Bachelot a souligné que l’« efficacité potentielle d’un schéma vaccinal » contre le virus responsable du sida, dont l'un des vaccins est produit par Sanofi-Pasteur, est « un grand espoir dans la lutte contre cette maladie ». « Pour la première fois, la possibilité d’une protection vaccinale a été mise en évidence, a ajouté la ministre. Cependant, il ne s’agit là que d’une étape très préalable dans la mise au point d’un vaccin offrant une protection suffisante, puisque dans cet essai, la combinaison vaccinale n’aurait permis de protéger qu’un peu plus de 30% des personnes », poursuit-elle. Auparavant, l'Institut national des allergies et maladies infectieuses (NIAID) américain avait estimé que ces résultats constituaient une « étape importante » dans la recherche pour développer un vaccin.

« Beaucoup reste à faire »

De fait, les résultats de l’essai effectué en Thaïlande montre que la stratégie vaccinale est capable de réduire dans un tiers des cas le risque de contamination par le VIH, plus précisément 31,2% des 16.402 personnes testées en Thaïlande. « C’est la première fois qu’un vaccin permet de réduire l’infection VIH chez l’humain » a précisé le Lieutenant General Eric Shoomaker (Médecin chef de l’US Army), promoteur officiel de l’essai RV 144 lors d’une conférence de presse organisée par Sanofi pasteur. L’essai clinique a évalué le schéma primo-vaccination avec un rappel (« prime-boost ») avec le vaccin ALVAC® relayé par le vaccin AIDSVAC B/E®. L’ensemble des scientifiques s’est accordé sur «un effet protecteur modeste » mais « un signal d’efficacité » après deux décennies de déception. « Beaucoup de travail reste à faire » a souligné un grand spécialiste de la question, le Pr Anthony Fauci (président de l’institut national de l’allergie et des maladies infectieuses, Etats-Unis).

Le vaccin ne contenait que des sous-types A et B très fréquentes dans ce pays, mais ce schéma est nullement transposable en Afrique où prédomine le virus C. De plus la population étudiée était considérée à risque moyen. On ne sait pas non plus la durée d’efficacité du vaccin et la nécessité ou non d’effectuer des rappels. En outre, le vaccin n’a eu aucun effet sur la charge virale des patients vaccinés qui ont acquis l’infection, ce qui a surpris les chercheurs. « Nous devons retourner aussi à la recherche fondamentale » a indiqué le Dr Fauci. Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine 2008 pour ses travaux sur le VIH a souligné l’importance du partenariat public/privé. Elle a ajouté « il y a autre chose derrière la réponse protectrice qu’on ne connaît pas » . En commentant les 30 % de protection vaccinale, le Pr Patrice Debré (ambassadeur chargé de la lutte contre le VIH-sida et les maladies transmissibles) a émis l’hypothèse qu’un « background génétique particulier permet à certaines personnes de s’immuniser et d’autres non ». Le Pr Yves Lévy a indiqué pour sa part: « on peut désormais bâtir des hypothèses sur un socle de résultats ».

51 infections seulement dans le groupe vacciné

Sur les 16 000 personnes inclus dans l’essai, il y a eu 51 infections dans le groupe vacciné contre 74 dans le groupe témoin. Ainsi, le faible taux d’infection dans l’ensemble de la population confirme encore l’intérêt de la prévention et d’une bonne communication pour se prémunir de l’infection. Le Pr Jean-François Delfraissy (président de l’ANRS) a salué « la bonne nouvelle » mais a réitéré son message de prudence. « Nous n’avons pas à ce jour de vaccin contre le SIDA. Il s’agit d’une avancée scientifique mais sans retentissement sur la santé publique ». Les résultats complets seront présentés à Paris le 20 octobre prochain lors de la conférence internationale AIDS Vaccine 2009.

Estimant que cet enjeu « dépasse ce que peut faire une seule société ou un seul pays », Christopher Viehbacher, Directeur Général de Sanofi-Aventis, a affirmé que Sanofi Pasteur « poursuivra son engagement de longue haleine dans la recherche pour la mise au point d¹un vaccin contre le VIH, aux côtés des chercheurs du secteur public, des gouvernements, des organisations non gouvernementales et des autres producteurs de vaccins, pour faire avancer la science, dans l¹espoir de pouvoir un jour proposer des vaccins contre le VIH ».

Dr Muriel Gevrey
Source : Legeneraliste.fr

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