A qui profitera le forfait moins de seize ans ?

Femmes, jeunes, ruraux... Les gagnants du médecin traitant enfant

Publié le 24/10/2014
Femmes, jeunes, ruraux... Les gagnants du médecin traitant enfant


C’est peut-être une des mesures de la réforme Touraine qui fait le plus consensus. La création du forfait médecin traitant de l’enfant est attendue pour l’an prochain. Il faudra attendre les négociations qui suivront le vote de la loi de santé pour connaître avec précision son montant. Mais, a priori, cette innovation devrait favoriser davantage certaines catégories de praticiens : les jeunes, les femmes et, sans doute aussi, les médecins ruraux.

Pédiatre ou généraliste ? Avec la création du forfait médecin traitant de l’enfant prévue par la loi santé de Marisol Touraine, les parents pourront bientôt aussi désigner leur généraliste ou leur pédiatre comme le médecin traitant de leur enfant, mais sans risque de pénalité hors parcours. Cette mesure fait partie de la réforme présentée la semaine dernière en Conseil des ministres mais qui ne sera discutée au Parlement qu’au début 2015.

Il était temps : avec six millions d’actes d’enfants de moins d’un an réalisés par les généralistes chaque année contre 4,2 millions pour les pédiatres, le médecin généraliste assure la plupart du temps le suivi des enfants en France. 80 % d’entre eux sont mêmes exclusivement suivis par lui.

Prévue pour affirmer le « rôle pivot du médecin traitant dans le suivi du parcours de soins des enfants », selon le ministère de la Santé, cette réforme devrait permettre de renforcer par l’intermédiaire de rendez-vous de prévention le dépistage précoce de certaines pathologies comme l’obésité, les troubles de l’apprentissage, etc. Pour MG France, qui réclamait depuis longtemps cette mesure, « la bonne connaissance de l’environnement social et familial » permet au généraliste d’être bien « placé » pour détecter les risques médicaux ou psycho-sociaux de l’enfant. Dans les faits, 71 % des actes concernant les enfants de 0 à 16 ans sont effectués par un généraliste contre 15 % par un pédiatre.

1 500 à 2 000 euros de plus par an ?

Interlocuteur privilégié de l’enfant, le généraliste devrait donc, en bonne logique, être le bénéficiaire numéro un de la mesure. Si, pour l’instant, du côté des syndicats, personne ne se risque à mettre de chiffres sur la table car les négociations ne débuteront qu’après le vote de la loi santé, on peut imaginer que ce forfait devrait au minimum s’aligner sur le montant du forfait médecin traitant adulte, soit 5 euros par an et par patient.

Avec 15 millions d’enfants, le calcul est vite fait. L’enveloppe est de 75 millions d’euros par an. Et selon les estimations des syndicats, un médecin généraliste voit en moyenne entre 300 et 400 enfants, ce qui multiplié par cinq, reviendrait donc entre 1 500 et 2 000 euros par an. Peu de choses en comparaison d’un euro sur le C (+ 5 000 euros annuels), mais c’est toujours bon à prendre par les temps qui courent…

Reste que certains généralistes seront plus gâtés que d’autres. Ça tombe bien. Ce sont sans doute ceux qui ont le moins profité de la MPA des personnes âgées. Une récente thèse menée dans le cadre du projet Ecogen est venue confirmer un vieil axiome selon lequel la patientèle du médecin généraliste vieillit avec le praticien : « Plus l'âge du médecin était élevé plus l'âge du patient était élevé et inversement », constate ainsi la Lilloise Charlotte Favier à l’issue d’un travail (« Quels patients pour quels médecins ? ») réalisé auprès de 128 médecins généralistes.

Les jeunes médecins soignent plus d’enfants

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Cette tendance de fond avait déjà été mise en évidence par des chercheurs de la Drees en 2007. Cette étude intitulée « La prise en charge des enfants en médecine générale » montrait déjà que les jeunes médecins sont davantage engagés dans la prise en charge des enfants : 52 % des médecins de moins de 50 ans consacrent plus de 10 % de leur activité aux enfants contre 34 % chez les plus de 50 ans. Et un sur dix réalisent une séance sur quatre avec un enfant contre 2 % seulement des plus de 50 ans. « Les jeunes médecins ont souvent plus d’enfants », confirme le chef de file des jeunes remplaçants de Réagjir. « De plus, au cours de notre formation, pendant notre internat en médecine générale, la réalisation d’un stage en pédiatrie est obligatoire. De fait, nous sommes sensibilisés et formés à la prise en charge de l’enfant », ajoute Jacques-Olivier Dauberton.

Les femmes, autres bénéficiaires

Le président de MG France, Claude Leicher estime que la mesure viendra aussi améliorer le quotidien des femmes généralistes. Alors qu’en moyenne 22 % des patients des médecins généralistes ont moins de 16 ans, il estime que cette proportion est nettement supérieure chez bien des médecins femmes. En 2007, la Drees rapportait que 61 % d’entre elles accordent plus de 10 % de leur activité aux enfants contre 41 % de leurs confrères masculins. Mais en 2014, les chiffres de la Cnamts évoquent une réalité moins contrastée : 23% d’enfants chez les praticiennes pour 21% chez leurs homologues masculins.

Ce nouveau forfait pourrait aussi bénéficier davantage aux médecins ruraux. Certes, toutes les études montrent que la moyenne d’âge de leurs patients est plus élevée que celles de leurs confrères de ville. Mais les pédiatres libéraux, de moins en moins nombreux – environ 6 000 – sont aussi concentrés dans les grandes villes et quasi absents de nos campagnes. Au 1er janvier 2003, on comptait moins de 4 pédiatres pour 100 000 habitants en moyenne, contre plus de 17 dans les villes de plus de 50 000 habitants.

De fait, les patients se tournent assez naturellement vers leur médecin généraliste quand ils ne peuvent pas consulter un pédiatre. En 2007, la Drees, dans son étude, soulignait que le « lieu d’exercice semble aussi avoir une influence » puisque 50 % des médecins exerçant dans des agglomérations de moins de 50 000 habitants consacrent plus de 10 % de leur activité aux enfants contre 40 % dans les communes plus peuplées. Une activité davantage partagée dans les grandes villes quand l’offre de pédiatres est relativement présente. Selon l’Association française de pédiatrie ambulatoire, 60 % des pédiatres réalisent déjà un suivi conjoint avec un généraliste.

« Même si on traite beaucoup des enfants dans notre quotidien, cela n’empêche pas le lien avec les pédiatres », confirme le président de Réajgir. Les médecins de famille font appel au pédiatre pour un avis spécialisé. Mais c’est justement sur le suivi quotidien que les généralistes réclament une reconnaissance de leur travail. La création de ce forfait devrait permettre de corriger (un peu) le tir. D’autant que la création du médecin traitant de l’enfant devrait aussi avoir des répercussions sur la ROSP avec la création d’indicateurs spécifiques au suivi des enfants.

 

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