Coronavirus : l'exposition des médecins retraités dans la réserve sanitaire pose question

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Publié le 31/03/2020
Médecin tenant un stéthoscope

Médecin tenant un stéthoscope
Crédit photo : BURGER/PHANIE

En ces temps compliqués pour les soignants, toute aide est bienvenue. Depuis le début de la crise de nombreux professionnels de santé se sont mobilisés pour aider leurs confrères. Ainsi, près de 19 000 volontaires ont rejoint les rangs de la réserve sanitaire, corps créé après l'épidémie de grippe H5N1 en 2007. En parallèle, près de 20 000 autres ont offert leur aide via la plateforme de mise en relation #Renforts-Covid, mise en place par les agences régionales de santé (ARS).

Mais qui sont ces volontaires ? En Île-de-France, 2 600 infirmiers, 2 100 aides-soignants et 1 500 médecins se sont manifestés, sur un total de 8 600 volontaires selon l'ARS. Du côté de la réserve sanitaire, 62 % des volontaires sont des professionnels paramédicaux ou des psychologues, et 28 % des professionnels médicaux ou de la pharmacie, selon Santé publique France. Une grande majorité des volontaires (61 %) sont des salariés du public ou privé, et 7 % des professionnels libéraux. On retrouve également des retraités (14 %) et des étudiants (5 %). Mi-mars, l’Ordre des médecins avait ainsi enjoint 40 000 praticiens « jeunes retraités » ainsi que les étudiants en médecine à se mobiliser, soit en se portant volontaire pour intégrer la réserve, soit en participant « au soutien de la médecine de ville sous forme d'adjoints ».

Alerte d'un syndicat d'anesthésistes-réanimateurs

Bien que louable, l’implication de médecins retraités pose question, sachant que l’âge est un facteur de risque clairement identifié. La semaine passée, le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARE) a ainsi tiré la sonnette d’alarme dans un communiqué concernant la contribution de praticiens retraités.

« Il ne faut pas perdre de vue que les médecins [rappelés pour renforcer les équipes médicales] vont cumuler deux facteurs de risques : leur âge (et les comorbidités liées à l’âge) et le haut risque de contamination, comme tout le personnel soignant », soulignait le syndicat. Et le SNPHARE de rappeler que les « cinq premiers médecins décédés ces derniers jours étaient âgés de 60 à 70 ans » (un sixième praticien est mort depuis, à Metz). L’organisation précise avoir envoyé un courrier au ministère de la Santé « afin de protéger ces médecins ». Dans cette missive, le SNPHARE demande notamment « d’imposer une visite d’aptitude au service de santé au travail avant toute prise de fonction » et de « minimiser le risque d’exposition au Sars-CoV-2, en dirigeant ces médecins non pas vers une activité clinique mais une activité d’organisation, d’aide aux décisions équipes ».

Contactée par Le Généraliste, la présidente du SNPHARE, le Dr Anne Geffroy-Wernet précise ne pas vouloir empêcher les praticiens retraités de s’engager mais souhaite « border » le processus. Elle indique en outre n’avoir reçu à ce jour aucune réponse de la Direction générale de l’offre de soins et affirme que les établissements n’ont pas reçu d’informations sur le sujet du recours aux médecins retraités.

Les retraités « pas en première ligne » selon l’Ordre des médecins

Joint mardi midi, l’Ordre des médecins a de son côté indiqué au Généraliste que les médecins retraités ayant intégré la réserve sanitaire « n’étaient pas envoyés en première ligne ». En charge de la réserve sanitaire, Santé publique France n’avait quant à elle pas répondu à nos sollicitations.

Pour le Dr Geffroy-Wernet, l’affirmation selon laquelle les médecins retraités volontaires sont placés « en seconde ligne » relève davantage de la « rumeur » que de la réalité. « Je pense que ce n’est pas le cas », confie-t-elle. La médecin affirme ainsi avoir eu « une remontée d’un praticien retraité à qui l’on demandait de faire de la médecine dans un service de médecine et qui était donc exposé aux patients ».

« On sait depuis le début que les soignants vont être infectés. Réinjecter des gens sans regarder les facteurs de risque pose vraiment un problème. Il faut un minimum de tri », conclut-elle.

Article mis à jour à 21h40 :

Interrogé ce mardi par Le Généraliste lors du point de situation quotidien sur l'évolution de l'épidémie, le directeur général de la Santé a répondu qu'une « attention était portée au lien entre l'âge et la gravité de la maladie ». « Nous faisons attention à ce que les professionnels les plus âgés qui se portent volontaires ne soient pas les plus exposés, a déclaré le Pr Jérôme Salomon. C'est notamment la raison pour laquelle de nombreux médecins retraités ont rejoint les centres 15 pour faire de la régulation, du conseil médical voire de la téléconsultation. »

Pour revoir son intervention

 


Source : legeneraliste.fr