Mal protégés, mal informés... les médecins de ville amers de la gestion de la crise

Par
Publié le 15/04/2020
Masque et stéthoscope

Masque et stéthoscope
Crédit photo : GARO/PHANIE

Il y a 15 jours, la commission des affaires sociales du Sénat lançait un espace participatif sur son site pour prendre le pouls des professionnels de santé de ville dans la prise en charge du Covid-19 et recenser ses difficultés. Alors que les données doivent être arrêtées ce mercredi, le Sénat a d’ores et déjà publié un premier état des lieux de cette consultation.
3 785 contributions ont été enregistrées au 9 avril et les répondants sont, pour plus d’un quart d’entre eux, des médecins.

Relocaliser les moyens de production

Sans surprise, les lacunes dans l’équipement en matériel de protection individuelle, et notamment en masques FFP2, est la principale doléance des médecins libéraux. Seulement 24,5 % des médecins s’estiment convenablement équipés. Les répondants se sentent envoyés « en première ligne comme de la chair à canon, sans les mesures adaptées et les protections adéquates », de la « chair à virus » ou comme un « soldat sans fusil ».

Sur cet élément et sur la gestion de la crise en général, les professionnels de santé libéraux sont nombreux à mettre en avant une « impréparation de l’État et des autorités sanitaires ». Ils déplorent le maintien d’acteurs et de procédures administratifs, mis en cause dans la responsabilité et la gestion de la crise actuelle et plusieurs appellent à un retour à la souveraineté nationale et européenne pour la production de médicaments, substances actives pharmaceutiques et des dispositifs de protection, avec relocalisation des moyens de production.

Information en retard et trop hospitalo-centrée

En majorité (54 %), les médecins estiment avoir été bien informés pendant cette crise, même si de nombreux soignants considèrent avoir reçu « une information trop tardive, en retard sur l’actualité, insuffisamment claire, de portée trop générale et parfois trop hospitalo-centrée ». Dans de nombreux cas, ils regrettaient une information pas assez concrète notamment par rapport à leur profession ou la situation sanitaire locale. Ils disent s’appuyer sur les messages sécurisés de la DGS ou la presse spécialisée mais aussi sur leurs réseaux professionnels qui peuvent varier selon les départements : URPS, CPTS, Ordre, syndicats professionnels, réseaux sociaux, sociétés savantes etc. Selon les régions les médecins regrettent des niveaux d’implication et des relais plus ou moins bien effectués par les ARS ou les ordres locaux. « Nombre d’entre eux déplorent l’inertie de leurs relais professionnels, au premier rang desquels les Ordres, qui font figure de « grands absents de cette crise sanitaire », rapporte ainsi le Sénat.

Rôle efficace des CPTS

En termes d’organisation des soins, de nombreux départements ont opté pour la mise en place de « centres locaux de consultation Covid ». Souvent portés par plusieurs généralistes avec l’appui des collectivités territoriales, ces centres peuvent faire l’objet d’une double critique. Ces initiatives sont d’abord vues par certains comme susceptibles de reproduire des « clusters » de contagion. Et dénoncées par d’autres comme accaparant les ressources en équipements de sécurité au détriment des cabinets et autres structures libérales.

Les libéraux se sont également mis massivement à la téléconsultation (70 % des répondants), mais 34 % rencontrent des difficultés : couverture réseau des patients, confidentialité de l’application, modalités de prise en charge… Par ailleurs, certains répondants ont souligné se sentir insuffisamment formés pour la gestion d’une pandémie et insistent sur les besoins de formation dans ce domaine.

Même si certains regrettent une gestion hospitalo-centrée de la crise et souhaitent une meilleure coordination ville-hôpital, dans les endroits où cette relation a le mieux fonctionné, le rôle des CPTS est mis en avant. Les contributions évoquent notamment une « organisation locale très réactive de la médecine de ville au sein de la CPTS avec un échange pluriquotidien auquel est associé l’hôpital ».

Enfin en lien avec la baisse d’activité dans les cabinets, les professionnels de santé libéraux alertent sur l’interruption des soins pour les patients chroniques et sur la diminution brutale de leurs revenus. Pour faire face ils demandent donc la mise en place d’un mécanisme assurantiel, un allègement des cotisations sociales ou des formalités administratives pour l’accès aux dispositifs d’aide ou encore la facilitation de l’accès aux IJ.


Source : legeneraliste.fr