Coronavirus : Buzyn crée une polémique sur la gestion de la crise et agace les médecins

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Publié le 18/03/2020
Agnès Buzyn

Agnès Buzyn
Crédit photo : VOISIN/PHANIE

Déjà critiquée à l’époque, la décision d’Agnès Buzyn de quitter le ministère de la Santé pour partir en course pour la Mairie de Paris, au début de la crise du coronavirus, suscite encore davantage la polémique. Après sa nette défaite au premier tour dans la capitale — la candidate LREM est arrivée 3e avec moins de 18 %, largement derrière Anne Hidalgo (30 %) et Rachida Dati (22 %) — la principale intéressée a fait part dans la presse sur ses états d’âme par rapport à cette campagne. « Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu », confie-t-elle dans un entretien donné au Monde. Qualifiant sa campagne de « mascarade », elle confesse que « la dernière semaine a été un cauchemar ». « J’avais peur à chaque meeting », confie l’ancienne pensionnaire de l’Avenue de Ségur.

Dans cet entretien, l'ex-ministre met aussi en difficulté l’exécutif en affirmant avoir prévenu très tôt le Premier ministre et le Président de la gravité de la situation à venir « Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Édouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir », soit 15 jours avant son entrée en campagne.

Vague d’indignations 

Les propos d’Agnès Buzyn ont fait l’effet d’une bombe et ont déclenché une tempête de critiques au sein des oppositions et sur les réseaux sociaux, y compris au sein du parti présidentiel. Une source parlementaire de La République en marche a fustigé auprès de l'AFP « des propos irresponsables » et prévenu : « Elle devra en répondre en temps voulu ». « Elle craque psychologiquement », résume par ailleurs un proche de la candidate. « C'est par gros temps qu'on mesure qui sont ceux qui tiennent la barre », ajoute un cadre de la campagne. « L'heure est à l'état d'urgence plutôt qu'aux états d’âme» La chef du RN Marine Le Pen a jugé les propos de l'ex-ministre « effarants ». « S'ils reflètent la vérité, alors il s'agit d'un très grave scandale d’État », affirme-t-elle. « A-t-elle su et prévenu trois mois avant ? Et dans ce cas, pourquoi rien n'a-t-il été fait ? », a aussi interrogé le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon. Le vice-président des LR, Guillaume Peltier, a jugé ces déclarations « graves » ; le numéro un du PS, Olivier Faure, a dit sa « sidération », tandis que son homologue du PCF, Fabien Roussel, y a vu « le plus laid visage de la politique, celui du mensonge, de l'opportunisme et de la lâcheté ».

Tentative de rattrapage

Devant l'ampleur prise par la polémique, Agnès Buzyn a publié un communiqué pour nuancer ses propos. Elle indique s’être « adressée au Premier ministre en lui disant : - Si la France en arrive à être touchée par un pic épidémique alors il se pourrait que les municipales ne puissent pas se tenir ». Elle déclare regretter aussi l’utilisation du terme mascarade « qui concernait le fait de débuter des discussions de fusions de listes électorales dans le contexte que l’on connaît ». Elle se dit aussi « totalement solidaire » avec le gouvernement et assure que « toutes les mesures anticipées ont été mises en œuvre pour assurer la sécurité sanitaire de nos concitoyens » lors du 1er tour. Mardi soir, lors d'une intervention sur France 2, Édouard Philippe a tenté à son tour de dégonfler la polémique. « Dès le mois de janvier, la ministre de la Santé a dit que ce qui se passait en Chine était quelque chose qu'il fallait prendre au sérieux », et, « dès le mois de janvier », le gouvernement a pris des « décisions lourdes de rapatriement » des Français de l'étranger et « de confinement », a-t-il rappelé. Agnès Buzyn aurait alors prévenu l’exécutif que si la France se trouvait « dans le pic épidémique à ce moment-là, alors il serait difficile » de maintenir le scrutin, des 15 et 22 mars. Mais, « beaucoup de médecins n'étaient pas d'accord avec elle », a-t-il expliqué.

Colère des soignants

Chez les médecins, les « larmes » d’Agnès Buzyn n’ont pas ému mais au contraire provoqué la colère. « J’entends les larmes d’Agnès Buzyn, j’en verserais bien une, seulement ça fait un moment que j’entends que cette épidémie est en route et l’administration française n’a strictement rien fait », a déclaré le Dr Jean-Paul Hamon président de la FMF, testé positif au Covid-19, interrogé sur France 5, évoquant notamment l'absence des masques pour les soignants. Sur Twitter aussi, la sortie de l’ancienne ministre a agacé.

 

 

 

Beaucoup ont pointé les contradictions de l'ex ministre de la Santé qui avait notamment affirmé le 24 janvier que « les risques d'importation en France de l'épidémie depuis Wuhan » étaient « modérés ».

 


Source : legeneraliste.fr