Édito

Besoin d’un conseil ?

Publié le 18/09/2020

Accusé d’avoir laissé trop de champ aux scientifiques, le politique a repris la main ces dernières semaines. Et ne semble plus vouloir se laisser dicter la conduite à tenir contre l’épidémie de coronavirus. L’heure est à la relance économique. Alors que le rebond épidémique est plus qu’inquiétant, le Pr Jean-François Delfraissy, patron du conseil scientifique, suggérait il y a une dizaine de jours que le gouvernement allait avoir des « décisions difficiles à prendre ».

Il n’en a finalement rien été. Dans une courte allocution, le Premier ministre a balayé tout durcissement. Jean Castex est l’homme qui a déconfiné la France. Il ne veut pas être celui qui la remettra sous cloche. Pas de reconfinement total comme l’a fait Israël. Pas de limitations des déplacements. Pas de changement de stratégie de dépistage massif même si les délais de réalisation des tests et d’obtention des résultats en font souvent des coups d’épée dans l’eau.

Les décisions qui fâchent ne seront plus seulement dictées depuis Paris. Dans les régions où l’épidémie est la plus virulente, en Aquitaine, en Paca ou en Guadeloupe, les préfets, invités à présenter des mesures, ont limité les rassemblements publics (à 1 000 participants, quand même, à Bordeaux et Marseille !). Les réunions privées ne devront pas excéder 10 personnes.

Une question est donc aujourd’hui clairement posée : le conseil scientifique, reconduit en juillet jusqu’au 30 octobre, a-t-il encore une utilité ? Si certaines de ses prises de position ont été contestées (le maintien du premier tour des élections municipales en mars, notamment), l’instance, composée de médecins et de scientifiques reconnus, a eu le mérite de faire avancer le débat, avec la dizaine d’avis qu’elle a rendus. Elle semble maintenant davantage gêner les pouvoirs publics. Exhorté à prendre des décisions difficiles, le chef de l’État a rappelé qu’il revenait aux dirigeants, « démocratiquement élus », de « prendre des décisions ». Faisant résonner une célèbre sentence de Jacques Chirac : « Je décide, il exécute ».

Christophe Gattuso, directeur de la rédaction

Source : Le Généraliste