Si « Le Généraliste » était paru en 1920

Quand les rats comparaissaient devant les tribunaux !

Publié le 15/09/2017
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Crédit photo : Phanie


Delenda Carhago ! Les rats n'ont qu'à bien se tenir. On vient d'entreprendre contre ces peu intéressants rongeurs une véritable croisade d'extermination.


Que les temps sont changés… Jadis, fait observer notre distingué collègue, Henry Céard, les rats, toujours considérés comme un danger public, étaient traités d'une façon moins sanguinaire : on les traquait seulement à coups de procédures ; en même temps qu'ils étaient convoqués devant les tribunaux, ils trouvaient des avocats pour plaider leur cause et justifier leurs méfaits.


On se souvient ainsi de la réjouissante histoire du fameux jurisconsulte, de Chassanée (ou Chassaneux) qui fonda sa réputation en servant de défenseur aux rats du diocèse d'Autun.


Ce Chassanée était un habile homme, il le montra dans cette circonstance ; dans la défense de ses singuliers clients, il témoigna d'une astuce peu ordinaire.
Pour gagner du temps et attendre que l'animosité contre les bêtes inculpées devînt moins intense, il usa et abusa de maintes exceptions dilatoires. Il soutint que les rats, se trouvant dispersés dans un grand nombre de villages, une simple assignation n'avait pas été suffisante pour les avertir tous et réclama qu'une nouvelle assignation leur fût notifiée par une publication au prône de chaque paroisse. À l'expiration du long délai ainsi obtenu, les rats, bien entendu, ne comparurent point. Chassanée excusa « le défaut », en alléguant la longueur du chemin, les difficultés du voyage, les dangers courus par les rats, car les chats, leurs ennemis mortels, les guettaient sur toutes les routes. Après bien des atermoiements, il fallut bien se résoudre à plaider.
Chassanée, alors, fit valoir des considérations de sentiment, de pitié, de politique, d'héroïsme même. N’étaient-ce pas les rats qui, mangés dans les villes assiégées, conservaient aux garnisons du courage et de la vigueur ?
On ignore quelle fut la sentence rendue par l'official d'Autun ; ce que l'on sait toutefois, c'est que les rats furent sauvés de l'excommunication, et ce résultat, leur avocat d'office pouvait s'en attribuer la gloire, car sa plaidoirie avait fait, paraît-il, sensation.
Autre temps, autres mœurs…


Chronique médicale, 1920)


Source : legeneraliste.fr