Si « Le Généraliste » était paru en 1905

Savoureux diagnostics et autres malentendus entre médecins et malades

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Publié le 22/06/2017
histoire

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Un vieux paysan misérable me consulte pour des hémorroïdes. Je lui conseille l’emploi d’un onguent populéum quelconque : en onctions, matin et soir, à l’anus. Deux mois après, rencontre fortuite du susdit qui me remercie chaudement du succès obtenu et du soulagement complet en jurant qu’il avait obéi mathématiquement et fait, matin et soir, une friction… à la nuque. Je n’en suis pas encore revenu depuis 15 ans. Mais, après tout, ce moyen est peut-être à essayer.

Autre souvenir : Dupré, professeur de clinique médicale à Montpellier, affectait d’épater malades et assistants par des procédés charlatanesques. Un jour, il avise un militaire, entré pour bronchite et emphysème et portant encore son costume, au collet significatif. Aussitôt d’interpeller un étudiant tout ahuri :

- Qu’a ce malade ?

Sais pas, Msieu.

–  Comment, vous ne remarquez pas cette voussure du thorax, cette respiration typique ? On voit bien que vous n’avez pas le coup d’œil médical ! Eh bien, c’est un emphysème mécanique, dû à l’emploi du clairon, et vous allez voir… De quel instrument jouez-vous, mon ami ?

De la grosse caisse, M’sieu…

Tête des spectateurs.

Dans un autre cas, même scène au sujet d’un marin de Palavas dont la joue présentait une saillie énorme. Nullité de l’étudiant.

Mais, s’écrie Dupré, vous ne voyez pas qu’il s’agit d’une fluxion consécutive à un abcès dentaire ? Vous allez voir : mon garçon, vous souffrez des dents et vous avez un abcès dans la bouche, n’est-ce pas ?

Moi, je viens pour la fièvre intermittente ; ça, c’est ma chique !

Et il retire un rouleau de corde de sa joue. À partir de ce jour-là, Dupré s’abstint prudemment des diagnostics à distance comme des salles d’autopsie où l’attendaient des constatations aussi flatteuses pour son flair d’artilleur.

Vous demandez des malentendus entre médecins et malades ? En voici un – plutôt joyeux – dont je vous garantis l’authenticité. Vous savez qu’en Angleterre on désigne communément les chirurgiens par le prix de leurs consultations. C’est ainsi qu’on dit couramment un chirurgien d’une guinée ou un chirurgien de deux livres, etc. Il y a quelques semaines, je suis appelé en consultation, par un médecin de mes amis, auprès d’une Anglaise malade. Il me présente : « Le Dr Guinard, le médecin de Saint-Louis », et sa cliente m’a donné cent francs qu’elle a substitués au billet de cinquante francs préparé d’avance dans une enveloppe.

(Dr A. Guinard, Chronique médicale, 1905)


Source : legeneraliste.fr