Coronavirus : la pénurie de masques déclenche la colère de l'URPS des Hauts-de-France

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Publié le 20/03/2020
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Crédit photo : GARO/PHANIE

De plus en plus confrontés aux cas de patients présentant des symptômes du coronavirus, certains ayant été contaminés, les médecins de ville, désormais en première ligne, s'insurgent de ne toujours pas disposer en nombre suffisant de masques de protection.

Ces dernières semaines, l'ensemble des syndicats de médecins libéraux ont alerté les pouvoirs publics pour réclamer une dotation de masques en proportion suffisante. Malgré les promesses du ministre de la Santé et du chef de l'État, les masques arrivent au compte-gouttes région par région. Seuls 18 masques sont réservés chaque semaine aux médecins généralistes (3 par jour pour 6 jours de travail hebdomadaires), ce qui est bien évidemment loin de suffire.

Ce jeudi, l'Union régionale des professionnels de santé médecins (URPS) des Hauts-de-France, en bonne intelligence avec l’ARS, a lancé l'alerte pour prévenir les autorités.

« Certains médecins risquent d’être amenés à fermer leurs cabinets faute de protection suffisante non seulement pour se protéger eux-mêmes, leurs proches mais surtout tous les patients qu’ils soigneront », écrivent le Dr Philippe Chazelle et Caroline de Pauw, respectivement président et directrice de l'URPS des Hauts-de-France.

« Des médecins sont déjà épuisés. Qu’en sera-t-il dans les prochaines semaines, au moment du pic de l’épidémie ?, s'inquiètent les deux responsables de l'Union. Cette situation n’est pas tenable, il est impératif de trouver une solution rapidement au risque de courir à une catastrophe sanitaire de bien plus grande ampleur. »

Cacophonie

L’URPS Médecins Libéraux, qui a mis en place une permanence téléphonique et électronique, relaie le sentiment de colère grandissant des médecins libéraux de la région, après le démarrage de la distribution de masques. Les dirigeants de l'Union résument la plus grande cacophonie de cette opération.

« Certaines pharmacies ont été livrées (en FFP1 ou en FFP2), d’autres non, qu’elles soient en cluster ou non. Dans l’Aisne, la Somme et l’Oise, les médecins spécialistes ont eu des masques. Dans le Nord et le Pas-de-Calais ils n’étaient pas dans la liste, les pharmaciens ont donc refusé d’en délivrer. » Pour couronner le tout, des pharmaciens qui avaient commencé à distribuer aux médecins des boîtes le matin sont allés les reprendre « ayant reçu l’instruction tardive d’en limiter la distribution ». Par ailleurs, certains pharmaciens n’ont pas reçu assez de stock pour pouvoir donner les masques en nombre suffisant pour les 15 jours annoncés avant la prochaine distribution.

Comme dans de nombreux autres territoires en France, la situation est donc difficile pour les médecins des Hauts-de-France. « Pour certains ORL, stomatos et dentistes, il est impossible d'avoir un FFP2, qui sont aussi en nombre insuffisants pour toutes les autres spécialités », confie au Généraliste le Dr Philippe Chazelle. Après avoir lancé l'alerte, l'URPS a noté des dons de masques de certaines entreprises.

Un rationnement insupportable

La situation est d'autant plus mal vécue par les médecins libéraux que « le SAMU qui vient chercher un patient suspect de COVID-19 arrive protégé de pied en cap, quand le médecin généraliste qui l’a reçu peine à avoir un masque FFP1, se demande s’il doit coudre ses masques, les faire sécher sur un radiateur ou encore mettre une écharpe pour se protéger ! »

L′URPS des Hauts-de-France s'insurge contre le rationnement des masques, car 3 masques chirurgicaux par jour étant largement insuffisants pour protéger le médecin et le patient en cas de suspicion de Covid-19. Ce sont tous les médecins libéraux qui pâtissent de cette situation mais aussi l'ensemble des soignants : assistants médicaux, manipulateurs radio… « Ne pas les équiper, c’est accepter de voir les cabinets de ville se fermer faute de pouvoir assurer des conditions de sécurité suffisantes », met en garde l'Union.

« Cette situation ne met pas les médecins dans les meilleures dispositions pour aborder cette crise sanitaire qui ne fait que commencer », conclut, très inquiet, le Dr Chazelle.


Source : legeneraliste.fr