Si « Le Généraliste » était paru en 1897

Ah, si médecins et patients pouvaient s'entendre...

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Publié le 06/06/2017
histoire

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De temps en temps, mais trop souvent, les journaux politiques relatent des faits où l'assistance médicale s'est trouvée en défaut et, naturellement, on blâme les médecins qui n'ont pas répondu immédiatement à l'appel imprévu qui leur était adressé, oubliant que tous les médecins ont, chaque jour, des engagements divers envers leur clientèle ordinaire, qu'ils doivent d'abord satisfaire.

À ce propos, « Le Radical » du 24 janvier fait les réflexions suivantes :

« À force de voir à Paris des malades mourir faute de soins, peut-être arrivera-t-on à comprendre que le service médical de Paris est abominablement organisé. Il est vrai qu'en tout ce qui touche la santé publique, on repousse avec acharnement toute idée de solidarité générale. On ne veut pas admettre que le service médical est de première nécessité au même titre - et à titre supérieur - que le service de voirie ou de police. Le capital de l'humanité, c'est la vie humaine. »

Nous nous associons complètement à cette critique générale. Toutefois, l'Administration seule n'est pas coupable, mais un peu tout le monde. L'Administration doit fournir le plus promptement possible les soins voulus aux malades indigents. D'où la nécessité d'un bon service hospitalier, d'un bon service des secours à domicile, d'un bon service de nuit ! Elle l'aura quand elle le voudra, à la condition de ne pas exploiter les médecins, mais de les rémunérer équitablement.

Quant à tout le monde, c'est-à-dire aux malades qui peuvent dans une mesure plus ou moins convenable payer le médecin, c'est sa faute s'il est mal servi. Chacun choisit son épicier, son boulanger, son boucher, etc. Chacun devrait avoir son médecin, se tenir en relation avec lui, le faire venir dans la famille une ou plusieurs fois par an pour visiter chacun, suivre l'évolution des enfants, etc., et cela en vue de s'assurer qu'il peut toujours compter sur lui. Alors on est sûr que ce médecin de famille répondra avec empressement en cas de nécessité. C'est donc aux familles à faire choix d'un médecin qui, sachant qu'on a confiance en lui, qu'on le considère comme sien, qu'on ne le lâche pas sans motif, remplira avec dévouement la part du contrat tacite qui le lie à la famille.

Mais cette garantie n'est pas encore suffisante. Un cas urgent peut survenir. Le médecin de famille est en tournée de visites ; il ne rentrera que quand il aura vu tous ses malades. C'est pourquoi nous estimons que tout médecin qui a déjà une clientèle un peu importante devrait avoir, surtout dans les grandes villes, un second, un remplaçant qui, moins occupé, ou en raison d'arrangements particuliers, serait à la disposition de ses clients, lorsqu'il survient un accident grave et inopiné : traumatisme, attaque apoplectique, hémorragie, etc. Ce médecin remplaçant au courant de la clientèle et des procédés thérapeutiques de son ancien (tous les médecins devraient avoir un « cahier de famille », que le médecin remplaçant pourrait consulter, sous le sceau du secret professionnel), de son maître par la pratique et par l'âge, rendrait plus de services aux familles que le premier médecin venu.

Si les familles et les médecins s'entendaient pour accepter une telle organisation, déjà proposée par nous, les familles auraient une garantie sérieuse d'avoir vite, dans les circonstances graves, les secours dont elles ont besoin ; les médecins sachant qu'ils ne sont pas abandonnés sans rime ni raison par les familles seraient plus empressés, plus dévoués… Et la presse n'aurait plus autant de faits regrettables à enregistrer.

(Dr Bourneville, dans Le Progrès médical, 1897)


Source : legeneraliste.fr