Si « Le Généraliste » était paru en 1917

" Viande à soldats ", d'où vient cette expression ?

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Publié le 22/02/2017
Histoire

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Il fut un temps où l’on fit grand bruit autour de cette question de la « viande à soldats ». Quelques cas d’empoisonnements collectifs s’étant produits dans certains régiments, on accusa les spéculateurs malhonnêtes de s’être procuré des bénéfices illicites, en fournissant à l’armée des animaux de boucherie plus ou moins avariés. De là le nom de « viande à soldats » donné à cette viande impropre à la consommation. Il est probable qu’aujourd’hui beaucoup de gens seraient heureux d’avoir à leur disposition journalière cette fameuse viande, à condition qu’elle ne fût pas nocive, et l’on passerait sur la qualité inférieure. Dans tous les cas, nos poilus sont, à ce point de vue, moins à plaindre que les pauvres civils : car, si l’on en croit la renommée, l’intendance pourvoit abondamment aux nécessités de la consommation militaire en fournissant des animaux de choix.

Je trouve dans la « Médecine du Talmud » de Rabbinowicz, tome V, l’explication de cette expression « viande à soldats ». On sait que les prescriptions juives divisent les viandes en « terephah » et « khascher » : il existe encore aujourd’hui des boucheries juives ne vendant que de la viande « khascher », c’est-à-dire pure, l’animal dont elle provient ne présentant aucune des tares qui la rendent « terephah », c’est-à-dire impure, et celui-ci ayant été tué suivant les rites prescrits.

Or, au temps de la diaspora (la dispersion), si, à l’abattoir, un animal avait été reconnu « terephah », un héraut était chargé de le faire savoir au public de cette façon (d’après Rab Isaac, fils de Joseph) : « Il y a aujourd’hui de la viande pour soldats ». Cette viande que ne pouvaient consommer les Juifs était achetée par les soldats païens qui tenaient garnison dans certaines villes dont la population était, en dehors des troupes, entièrement israélite. Il ne s’agissait donc pas de viande avariée, mais seulement d’un produit ne répondant pas exactement aux conditions exigées par les rites et prescriptions mosaïques.


(Dr A. Lebeaupin, Moisdon-la-Rivière, « La Chronique médicale », octobre 1917)


Source : legeneraliste.fr