SARS-CoV-2

Le sous-lignage BQ.1.1 peut-il changer la donne ?

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Publié le 28/10/2022

Alors que le sous-lignage BQ.1.1 suscite des craintes quant à l'évolution de l'épidémie de Covid-19, la nouvelle analyse de risque sur les variants publiée par Santé publique France tend à rassurer.

Crédit photo : SPL/ PHANIE

Faut-il s'inquiéter de l'émergence actuelle du variant BQ.1.1 ? Ces derniers jours, la question a été soulevée à plusieurs reprises notamment par le Covars (Comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires) ou encore l'Agence européenne des médicaments. Alors que selon Santé publique France, la situation épidémiologique tend plutôt à s'améliorer dans l’Hexagone (voir encadré ci-dessous), la crainte est que ce nouveau sous-lignage de BA.5 vienne encore une fois bouleverser la donne.  

La dernière analyse de risque sur les variants mise en ligne par Santé publique France ce 28 octobre tend toutefois à rassurer.  

Une progression qui marque le pas ?

Premier constat : si la détection de BQ.1.1 a connu une augmentation rapide depuis mi-septembre (passant de 2 % des séquences interprétables en semaine 38 (du 19 au 25 septembre) à 10 % puis 19 % les semaines suivantes), sa progression semble désormais marquer le pas, avec une hausse de seulement 2 % en semaine 41 pour atteindre 21 % dans l’enquête flash du 10 octobre.  

Ce chiffre « doit cependant être interprété avec précaution, a souligné Justine Schaeffer (Chargée de projet expertise variants Covid chez Santé publique France ) lors d’un point presse, car cette enquête Flash repose sur un nombre relativement faible de séquences et demande à être consolidée ».  

Si le ralentissement se confirme, « on pourrait avoir une situation où la proportion de BQ.1.1 se stabilise avec une co-circulation de plusieurs sous-lignages de BA.5 sur une longue période », anticipe l’épidémiologiste. Si au contraire, les données consolidées suggèrent que la tendance à l’augmentation se poursuit, « on pourrait avoir un remplacement progressif des autres sous-lignages de BA.5 par BQ.1.1 qui pourrait devenir majoritaire ».  

Citant des études de modélisation, l’ECDC estimait pour sa part en date du 21 octobre 2022, que le sous-lignage BQ.1 (dont est issu le BQ.1.1 qui circule en France) pourrait représenter 50 % des souches en circulation dans l’Union européenne avant le mois de décembre et 80 % à la fin de l’année 2022. 

Pas d'argument pour une sévérité accrue 

Dans cette hypothèse d’un remplacement progressif, quelles en seraient les conséquences sur la dynamique épidémique ? Difficile de répondre pour le moment, estime Justine Schaeffer. 

Comme le précise Santé publique France, BQ.1.1 est caractérisé par des mutations situées sur des sites importants de la protéine Spike, impliqués à la fois dans l’interaction avec son récepteur et dans la reconnaissance par les anticorps. 

Des données in vitro ont montré que certaines de ces mutations pouvaient lui conférer un échappement à la réponse immunitaire (post-infection mais aussi vaccinale). « Cependant ces données proviennent uniquement de deux études menées avec vecteurs viraux et non pas des virus entiers et cela demande à être confirmé dans d’autres travaux, avec des virus entiers puis en vie réelle avec des vraies estimations d’efficacité vaccinale », prévient Justine Schaeffer. 

Quant à un éventuel impact sur la morbimortalité du Covid, « à ce stade rien n'indique que BQ.1.1 soit associé à une présentation clinique différente ou à une sévérité accrue par rapport aux autres sous-lignages qui circulent », rassure l’épidémiologiste. 

Même son de cloche du côté de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui a réuni le 24 octobre son comité consultatif technique sur l'évolution du virus SARS-CoV-2 (TAG-VE).  

« À l'heure actuelle, il n'existe aucune donnée épidémiologique suggérant une augmentation de la gravité de la maladie », appuie le comité. Et sur la base des connaissances disponibles, « la protection par les vaccins (monovalents comme bivalents) contre l'infection peut être réduite, mais aucun impact majeur sur la protection contre les maladies graves n'est attendu ».

Le groupe d’expert  de l'OMS a par ailleurs estimé que le sous-lignage BQ.1 ne divergeait pas suffisamment des autres lignées d’Omicron pour être considéré comme un nouveau variant préoccupant à part entière. 

Le pic de la 8e vague déjà franchi ?

Nombre de nouveaux cas en baisse, R-effectif inférieur à 1, etc. Dans son dernier point épidémiologique Covid, Santé publique France rapporte une amélioration de la situation épidémiologique dans l'hexagone. 

Pour la première fois après cinq semaines de hausse consécutive, et une semaine de stabilisation, en semaine 42, le taux d’incidence a diminué de 14 % pour atteindre   496/100 000.  La baisse de cet indicateur concernait l’ensemble des classes d’âge. Dans le même temps, le R-effectif est passé de 1,04 en semaine 41 à 0,84 en semaine 42. Également en baisse, le nombre de nouvelles hospitalisations (-20 % par rapport à S41), y compris en soins critiques. En revanche le nombre de décès était encore en hausse (+12 %, données non consolidées).

Malgré ces indicateurs plutôt au vert, il est encore trop pour pouvoir dire avec certitude  que le pic de la 8e vague est passé, estime Santé publique France.


Source : legeneraliste.fr