Si « Le Généraliste » était paru en 1913

Les « Saluadores » et la rage

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Publié le 18/02/2017
Histoire

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On désigne, en Andalousie, sous le nom de « Saluador », un homme qui, étant en état de grâce, guérit, avec son secours, la maladie terrible appelée rage ou hydrophobie.

On ne s’improvise pas « Saluador ». Il faut être prédestiné et présenter les particularités suivantes :

1- Appartenir au sexe masculin ;

2- S’appeler Jean ;

3- Être venu au monde par les pieds ;

4- Être né un vendredi saint

5- Être le septième des enfants mâles ;

6- Avoir une croix dessinée dans le palais buccal ;

7- Avoir traversé trois fois le golfe du Lion.

 S’appeler Jean implique, évidemment, un état de grâce, puisque c’est dans la nuit de Saint-Jean que s’opèrent les guérisons de hernie et qu’on se sert du pantalon d’un « Jean » pour activer, en boulangerie, les fermentations tardives. Il n’y a qu’à placer ce pantalon au-dessus des oripeaux qui couvrent la farine pour favoriser la multiplication des Saccharomycètes !

Mais avoir une croix dans le palais buccal ! Voilà qui ne présente rien de particulier. Nous avons tous une croix à notre palais, dessin qui ne représente autre chose que la suture des apophyses palatines du maxillaire supérieur et des lames horizontales des os palatins.

Quant à avoir traversé trois fois le golfe du Lion, voilà une particularité que ne présentent certainement pas beaucoup de « Saluadores ». Rudes paysans qui vivent en parasites sur un morceau de terre qu’ils cultivent mal, les « Saluadores » n’ont pas servi dans la marine.

Cela dit, supposons qu’un individu ait été mordu par un chien ou un autre animal enragé ou soupçonné de l’être. Avant de faire appeler le médecin, on a recours au « Saluador », qui lèche la plaie, après avoir salué un verre d’eau. Le salut consiste à faire, à diverses reprises le signe de la croix puis à prononcer certaines paroles cabalistiques et à lancer, enfin, l’eau sur la plaie !

Pour finir, voici deux formules poétiques, qui doivent être prononcées par des personnes en état de grâce. La première s’adresse aux adénites torpides :

Seca, secate

Por la santa emperatriz

Donde tienes la cabeza

Se te seque la raiz.

Sèche, sèche-toi

Au nom de la Sainte Impératrice,

Que là où tu as la tête

Se sèche ta racine.

Cela n’a ni tête ni queue !

 

Seconde formule, spécifique de l’abcès épileptique :

En el nombre de la Santissima Trinidad,

Padre, Hijo y Espiritu Santo,

Y en el de los Tres Reyes Magos,

Melchior, Gaspar y Baltasar,

Que se te quite el mal.

Au nom de la Très Sainte-Trinité,

Père, fils et Saint-Esprit,

Et au nom des Trois Rois Mages,

Melchior, Gaspard et Baltasar,

Que le mal s’en aille.

(Miguel Guirao Gea, « La Gazette médicale de Paris », 5 février 1913)


Source : legeneraliste.fr