Coronavirus, davantage d'hommes et de personnes obèses en réanimation ?

Publié le 11/04/2020
Prise en charge d'un patient par un médecin dans un service de réanimation

Prise en charge d'un patient par un médecin dans un service de réanimation
Crédit photo : BURGER/PHANIE

Dans les services de réanimation de Paris, Londres ou New York, l'interrogation revient sans cesse : pourquoi le Covid-19 semble-t-il cibler autant la population masculine obèse ? Sans beaucoup de réponses pour le moment.

« Toutes les réanimations en France constatent une proportion très importante de patients en surpoids ou obèses », souligne le Dr Matthieu Schmidt, de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Parallèlement, « les trois quarts de nos patients sont des hommes », précise le réanimateur interrogé sur France 2. Un constat de terrain partagé par de nombreux médecins en France comme à l'étranger, mais confirmé qu'en partie par les données disponibles.

Des statistiques britanniques sur les malades du Covid-19 traités en soins intensifs confirment ce phénomène : 73 % sont des hommes et 73,4 % sont en surpoids ou obèses. Ce décompte établi au 3 avril par l'organisme indépendant ICNARC, suggère que les malades en surcharge pondérale ont sensiblement moins de chance de survivre à leur passage en soins intensifs : 42,4 % des malades obèses (IMC > 30) s'en sortent contre 56,4 % de ceux de poids moyen ou faible (IMC inférieur à 25). De même le sexe masculin semble un facteur de moins bon pronostic : 55,4 % des femmes survivent, contre moins de la moitié pour les hommes (47,8 %), d'après ces données portant sur environ 2 200 patients d'Angleterre, du Pays de Galles et d'Irlande du Nord, admis en soins intensifs.

Les données publiées vendredi par Santé Publique France portant sur 2218 malades de réanimation vont dans le même sens en ce qui concerne le sexe ratio puisque 73% des formes graves et 70% des décès rencensés dans ces services entre le 16 mars et le 5 avril concernent des hommes. En revanche, l'obésité morbide n'est retrouvée que dans 9% des cas et 11% des décès de réa.
Pour autant, dans son avis du 31 mars portant sur les personnes à risque de formes graves, le HCSP retient toujours, « les personnes présentant une obésité morbide (IMC > 40), par analogie avec la grippe A (H1N1) », mais a aussi rajouté celles ayant une obésité avec un IMC > 30.

Plus classiquement, les données de Santé Publique France montrent que le diabète, les maladies cardiovasculaires et les pathologies pulmonaires figurent en tête des facteurs de risque de cas graves de Covid-19.

Davantage de polypathologies chez les hommes ?

Pourquoi autant d'hommes parmi les cas graves? « C'est une constatation. Je n'ai pas à ce jour d'explication claire », répond le Jean-François Delfraissy. Interrogé sur France Info, le président du conseil scientifique Covid-19 émet toutefois l'hypothèse d'une fréquence accrue des polypathologies chez les hommes.

Autre piste avancée pour expliquer ces disparités : une meilleure immunité des femmes face aux virus. C'est une situation « connue » en matière de maladies virales, assure le Pr Pierre Delobel, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Toulouse. « L'immunité innée est meilleure chez les femmes, notamment avant la ménopause ».

Concernant l'éventuelle surreprésentation des personnes obèses, l'explication la plus immédiate est la fréquence nettement accrue des cas de diabète et d'hypertension parmi les sujets obèses. Or ces pathologies sont deux facteurs aggravants pour le Covid-19, clairement identifiés. L'inflammation à bas bruit favorisée par l'obésité pourrait aussi intervenir

Contre toute attente, « on a aussi constaté que l'immense majorité des cas graves ne sont pas des fumeurs, comme si (...) le tabac protégeait contre ce virus, via la nicotine », relève par ailleurs le Pr Delfraissy. Le Dr Thibaud Soumagne, réanimateur au CHU de Besançon, confirme avoir observé « peu ou pas de fumeurs » en réanimation dans son hôpital. Mais les tabacologues tempèrent ce trait, soulignant qu'un fumeur qui développe des symptômes graves est plus à risque, en raison d'une fragilité pulmonaire et cardiovasculaire sous-jacente.

 

avec AFP

 


Source : legeneraliste.fr