Si « Le Généraliste » était paru en 1901

Ces « Pères Coupe-Toujours » qui effrayaient Octave Mirbeau

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Publié le 23/05/2017
histoire

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Voici une série de citations extraites d’un article du célèbre homme de Lettres, Octave Mirbeau, paru dans « Le Journal » du 15 décembre 1901 sous le titre « Les Pères Coupe-Toujours ».

Après celle-là, il n’y a plus qu’à tirer l’échelle.

« Je ne nie pas les bienfaits de la chirurgie, ils sont indéniables. Mais je suis un peu effrayé par les chirurgiens, du moins par beaucoup de chirurgiens. La plupart du temps les chirurgiens sont d’habiles ouvriers et d’ingénieux découpeurs. Ils ne sont que cela. Ils travaillent la chair humaine, comme le menuisier le bois et l’orfèvre l’or. Ils n’ont pas ou presque de culture médicale, d’éducation scientifique. Ils ont eu cette préoccupation d’assouplir leur main, mais pas celle de meubler leur cerveau : ce qui, souvent, dans bien des cas, rend leur intervention dangereuse. Et lorsque, par surcroît, ils n’ont pas la conscience très nette, très précise des responsabilités terribles qu’ils assument, alors ce sont de véritables assassins, des assassins tolérés et respectés. »

Et d’un ! C’est passablement joli, comme vous pouvez en juger. Citant une phrase d’un chirurgien, il ajoute :

« Elle projette une lumière éclatante sur la mentalité de cet homme, une mentalité de véritable, de complet assassin, avec cette aggravation ou cette supériorité sur les assassins professionnels qu’il est lui, théoriquement, esthétiquement, philosophiquement, c’est-à-dire consciemment un assassin. »

Et de deux ! Continuons, comme la séance fameuse :

« Ainsi, dans cette partie-là, par un étrange retournement des choses, ce sont les victimes à qui l’on donne des circonstances atténuantes. Seulement, on les tue tout de même… Ce sont des circonstances atténuantes purement honorifiques… Ici, le docteur X… décrit minutieusement l’état de son malade. État fâcheux, d’ailleurs… Détails techniques sur les préparatifs de l’opération : " On prépare le champ opératoire, pendant que je finis de me laver les mains". Il se lavait les mains déjà ! Il se lavait les mains avant ! »

Voilà comment un homme, que nous avons entendu qualifier de « Génie » apprécie la Chirurgie et les chirurgiens.

C’est véritablement incroyable, pour ne pas employer un mot plus énergique ! C’est surtout à douter de l’espèce humaine et de la mentalité présente. Vivre par des temps pareils est un supplice, et être obligé de lire de telles appréciations, c’est un martyr dont l’horreur dépasse celui dont les premiers chrétiens ont été les victimes.

(Marcel Baudoin, La Gazette médicale de Paris, 28 décembre 1901)


Source : legeneraliste.fr