Courrier des lecteurs - D’un médecin en fin de carrière aux étudiants en fin d’études

Courrier des lecteursD’un médecin en fin de carrière aux étudiants en fin d’études

24.04.2015

Chers futurs collègues généralistes, vous êtes arrivés en fin de longues et difficiles études et la question se pose à vous : quand vais-je m’installer en médecine générale ? Un conseil et un seul : n’en faites rien !

Ne croyez pas aux mirages des maisons de santé pluridisciplinaire, ne croyez pas aux propositions alléchantes de ces communes qui vous déroulent le tapis rouge, n’ayez aucune confiance dans les propos bêtifiants des politiques : plus personne ne veut faire ce métier et, après 31 ans d’exercice je peux vous assurer que je le regrette et que je ne m’y lancerai pas, surtout aux conditions actuelles : j’y ai cru et très fort ! Mon bilan est que c’était un mauvais choix.

Ce n’est pourtant pas mon intérêt de vous dire cela., Au contraire, j’aurais tout intérêt à trouver un gogo à qui transmettre « ma petite entreprise » : en fait cela fait longtemps que j’ai fait une croix dessus et c’est de façon tout à fait gratuite que je vous dis : « Ne vous lancez pas là-dedans ».

Les aspects humains et l’intérêt de ce métier s’amenuisent de jour en jour, l’intelligence fait place aux contraintes et aux normes et, de ce côté-là, on est servi ; si vous vous installez, vous ne serez pas seulement médecin vous serez aussi chef d’entreprise dans un secteur périclitant, comptable pour la CNAM, les Urssaf, la Carmf, les ARS le fisc et j’en oublie, subordonnés à des tutelles inhumaines (au sens littéral) et pour lesquelles vous n’êtes qu’un pion manipulable, subordonnés à des décisions politiques électoralistes, subordonné à des administratifs arrivistes de tout genre (Cpam, mutuelles) qui vont faire leur carrière sur votre dos alors que, pour vous, le profil de carrière, c’est zéro !

Si vous vous installez vous rentrerez dans les classes moyennes et, à ce titre, vous devrez être financièrement solidaire de tout et n’importe quoi et à tout prétexte. Si vous vous installez, bien entendu, vous imaginerez faire mieux que ceux qui vous ont précédés : pas question de sacrifier ma vie de famille, pas question de sacrifier ma vie personnelle, etc. J’ai eu, en mon temps, cette prétention ; au bout du compte, je suis coincé par le devoir moral que je ressens envers mes patients, par la responsabilité vitale que j’assume seul tous les jours (et là, il n’y a personne pour partager ce poids exorbitant), je suis coincé par des contraintes administratives grotesques au regard du reste mais « obligatoires » et qui s’empilent au fil des années sans que jamais une seule d’entre elles ne disparaisse.

La rustine du moment pour faire passer la pilule, c’est la « maison de santé » : c’est bien connu, la maison de santé pluridisciplinaire soigne tout, toute seule et pour pas cher ! Sauf que d’une façon ou d’une autre c’est vous qui la payerez : pourrez-vous la revendre ? Ce n’est pas parce que l’on est plusieurs médecins associés que chaque responsabilité individuelle n’est pas en permanence engagée .

Ce n’est pas parce qu’on est en maison de santé que la vie est plus facile : une maison de santé, ce sont des dépenses de locaux, d’entretien de gestion et de personnel qui ne font que croître et plus on a de personnel plus on doit payer, plus on doit payer, plus on doit travailler… Et pas question d’interrompre le cercle vicieux : des frais, et le personnel, ça ne se licencie pas d’un coup de baguette magique…

En conclusion ne vous installez pas ! Préférez le salariat, même si ce n’est pas toujours passionnant, au moins, vous n’y brûlerez pas votre vie. Profitez tant que vous le pouvez, n’oubliez pas que notre société est versatile et mieux vaut ne pas avoir un poil qui dépasse ; pour les inconditionnels de l’installation, attendez que les pouvoirs publics soient acculés par la désertification des villes et des campagnes et qu’ils vous fassent enfin des propositions sérieuses… Mais ce n’est pas à l’ordre du jour !

Dans tous les cas : Bonne chance !

Vous aussi, vous voulez réagir à l’actualité médicale ? Adressez-nous vos courriers accompagnés de vos nom, prénom et lieu d’exercice sur redaction@legeneraliste.fr

Dr Jean-Claude Florentin, Basse-Indre (Loire-Atlantique)
Source : Le Généraliste n°2719
Commentez 28 Commentaires
 
Dominique B Médecin ou Interne 18.05.2015 à 00h15

Tout à fait d'accord avec le dr florentin , malgré une organisation correcte ,une activité libérale et hospitalière en tant que PH depuis plusieurs dizaines d'années l'activité est devenue difficile Lire la suite

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Jean Claude F Médecin ou Interne 27.04.2015 à 17h36

Chère consœur vous me demandez de fournir des preuves comme quoi une maison médicale n’est pas une fin en soi pour l’exercice professionnel : en réponse je vous rapporterai la situation à laquelle Lire la suite

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Jean-Marc G Médecin ou Interne 25.04.2015 à 15h46

Que de pessimisme, quelle image donnez-vous de notre métier passionnant aux jeunes générations ...! La plupart des médecins généralistes qui sont en "Burnout" comme notre confrère FLORENTIN, sont Lire la suite

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GEORGES L Médecin ou Interne 25.04.2015 à 17h06

Ah c'est sûr que la faculté apprend à se défendre ! Et aussi que l'hôpital apprend à se protéger des dangers du milieu libéral, hein... Et ça donne à réfléchir aussi la comparaison entre le salariat Lire la suite

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BRUNO B Médecin ou Interne 25.04.2015 à 18h32

Tout militaire confronté à un environnement hostile sait s'y adapter: à nous d'en faire autant. Et oui savoir se protéger. Mais ça c'est pas sur les bancs de la fac qu'on l'apprend.
Pour ma part, Lire la suite

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GEORGES L Médecin ou Interne 25.04.2015 à 15h33

Un entrepreneur, comme dit un contributeur plus haut, ajuste ses prix en fonction de ses charges. Un médecin libéral aux honoraires bloqués ajuste avec ses heures en rab : c'est une différence de Lire la suite

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TONY L Médecin ou Interne 25.04.2015 à 14h49

D'accord sur le constat alarmant, pas d'accord sur les conséquences. Rester en libéral, s'installer, continuer à lutter pour sa liberté avec les contraintes sociétales. Ne croyons pas que le salariat Lire la suite

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