Reportage
Bretagne |
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Anti-âge, l'art de bien vieillirUne poignée de passionnés de médecine anti-âge développe sur la région une activité de plus en plus soutenue. Les diplômés se multiplient et cette jeune spécialité est appelée à un très bel avenir. Trois généralistes témoignent. |
Anti-âge, l'art de bien vieillir
« Au-delà de la spécialité, il s'agit plus d'une gamme de services rendus à nos patients qu'une véritable thérapie, mais sa complexité en fait une médecine à part entière… » Yves Runavot, généraliste de Quimper présente les principes de la médecine morphologique et anti-âge, officiellement reconnue en décembre 2006, pour laquelle il a passé un diplôme après deux ans d'études. Exerçant en cabinet, il propose une spécialité encore non admise par l'Ordre il y a quelques mois, mais que certains abordaient dans leurs consultations. Cette reconnaissance, qui doit beaucoup à l'action de professeurs en faculté comme Yves Cohen (Bobigny) et quelques autres enseignants de Bordeaux 2 ou de Montpellier, s'est imposée presque aux forceps, face à certains lobbys. Ces pionniers ont obtenu de l'administration l'accord d'un diplôme interuniversitaire, soutenu par des cours se qui se déroulent dans les trois établissements qui ont oeuvré pour cette reconnaissance. Si l'examen final est organisé à Bobigny, chaque établissement conserve ses spécificités, avec une première promotion sortie en 2007.
« Il s'agit de stages de trois ou quatre jours, en anatomie pour Bordeaux et en nutrition pour Montpellier, précise Yves Runavot. J'aurais aimé que le tout se termine en DIU baptisé «Médecine esthétique», mais les chirurgiens du secteur s'y sont opposés, afin d'éviter toute confusion. Il s'agit donc de médecine morphologique et anti-âge. Ce qui est compris de tous, car c'est exactement ce dont il s'agit. »
La liste des pratiques officialisant le diplôme est longue, non exhaustive, mais très complète. L'anti-âge consiste en consultation, bilan, prescription de médicaments liés à sa nature, une approche cosméto-esthétique, l'utilisation d'appareils précis, allant vers les implants, injections de volumateurs, pose de fil-tenseur, bref tout ce qui peut approcher la peau de près ou de loin. Laser, lampes-flashs, tatouages médicaux sont au programme, en parfaite harmonie avec les diverses législations.
Des actes répertoriés
« Les possibilités sont vastes, poursuit Yves Runavot. On peut y rattacher tout ce qui touche à l'obésité, la silhouette, les surcharges pondérales, etc. » Sclérose de varices, micro-greffes de cheveux, phlébotomies segmentaires, en constituent les actes courants. « Quand un médecin généraliste reçoit un patient en consultation pour une grippe, s'il se trouve devant un cas d'obésité avéré, c'est l'ensemble des besoins de ce patient qu'il traitera. »
D'où l'idée de faire de ce DIU une spécialité à part entière, exercée dans un proche avenir par des généralistes convertis à ces méthodes et, bien entendu, dûment certifiés. Devenir médecin anti-âge n'est pas donné à tous : 400 candidats se sont présentés l'an dernier à l'examen probatoire, pour un numerus clausus fixé à 80. Ce sera le nombre, ou peu s'en faut, de lauréats, après diverses épreuves, pratiques, théoriques.
« Bien entendu, celui qui veut se consacrer uniquement à la médecine morphologique doit se faire sa clientèle, dévoile le généraliste. Pour l'instant, tout était officieux, il est maintenant possible d'inscrire cette mention sur nos plaques de portes et de réaliser en son nom des actes médicaux. Nous sommes également assurés par les groupes professionnels comme pour n'importe quelle autre intervention, ce qui rassure tout le monde. Les gens savent maintenant à qui s'adresser, en toute sécurité, ils peuvent obtenir tous les élément de garantie auprès du Conseil de l'Ordre, la Cpam... Et cela fait toute la différence. »
Justement, l'Ordre du Finistère s'est exprimé sur ces différences, par la voix de son président, le Dr François Simon : « Les médecins esthéticiens souffraient d'un réel manque de connaissances. Nous ne sommes pas vraiment dans une approche de spécialité, mais dans une notion de service, un créneau dans lequel quelques généralistes s'engouffrent… ». Yves Runavot, qui se bat depuis quinze ans pour arriver à cet objectif, reconnaît que depuis deux ans, sa clientèle évolue dans ce sens : 80 % viennent le consulter, attirés par le bouche à oreille. De quoi créer des vocations vers l'exercice d'une médecine particulière valorisant l'ensemble de la profession. Autre avantage, l'accès en deux ans au diplôme permettant à des généralistes en début de carrière de se diriger vers ce qui devient une occupation attractive. Non remboursés, les consultations, soins et actes (il faut compter entre 45 minutes et une heure par patient) génèrent des émoluments qui vont bien au-delà des 22 euros du tarif conventionnel. Réunie en association et disséminée à travers toute la France, la promotion 2007 travaille d'arrache-pied au développement de cette activité, prête à être rejointe par les futurs diplômés. Le médecin quimpérois a ainsi convaincu deux proches confrères de le suivre dans l'aventure.
Un peu de psychologie, beaucoup d'écoute
C'est le cas de Pascal Outy, généraliste quimpérois, diplômé en micro-nutrition. Installé dans une clinique esthétique locale, il pratique depuis peu sa nouvelle activité anti-âge, qui peut comme il le souligne concerner tout le monde. « Je fais très peu de médecine générale, reconnaît-il. Je poursuis mon exercice dans la micro-nutrition, mais les multiples pathologies liées à l'âge ou à la morphologie représentent une partie importante de mon travail. Diabète, alimentation, dégénérescence, tout est lié, et j'avais une demande de mes patients vers cette médecine parallèle, dont le diplôme a été pour moi un gros coup de pouce. L'anti-âge, c'est aider les autres à avancer dans la vie, en les traitant par l'intérieur – l'alimentation est à la base de tout – et par l'enveloppe externe, représentée par les soins esthétiques. C'est donc un service complet que nous apportons… »
C'est également l'avis du Dr Annaïk Philippe, nouvellement diplômée dans cette spécialité, généraliste exerçant dans son cabinet d'Hennebont (Morbihan) venue à la médecine esthétique, d'abord par curiosité puis par envie d'apprendre. Lors de son congé hebdomadaire, elle reçoit ses patients auxquels elle accorde des soins allant de l'épilation laser aux fameuses piqûres de Botox®. A raison de séances d'une heure, elle traite entre cinq et dix cas par semaine, par goût et par passion, plus que par intérêt financier. « Nous pouvons parler de spécialité tant que le diplôme pour exercer est obligatoire, basé sur un cursus complet, et approuvé par l'Ordre, révèle-t-elle. Cependant, nous ne sommes pas des cardiologues mais des praticiens proches de leurs clients, qui se tournent vers nous pour être conseillés avant de recevoir des soins. Je ne mélange jamais mes deux activités, pas plus que je ne fais du prosélytisme pour mes méthodes, ou une quelconque publicité. » Annaïk Philippe laisse s'exprimer spontanément la demande de ses patients dans le cadre de son activité de médecine générale, dont la curiosité a été éveillée par la lecture d'un document dans la salle d'attente ou par la recommandation d'un autre patient. « Je me rends compte qu'à travers cette médecine un peu à part, les gens deviennent plus proches de moi, et se confient un peu comme ils parlent à leur coiffeur. Je les touche, la proximité favorise les confidences, et je deviens un peu psychologue. »
Dans le Morbihan comme ailleurs, la population vieillit, et connaît tous les phénomènes visibles liés à cette évolution. « Notre rôle ne consiste pas à stopper le vieillissement mais simplement à l'accompagner, en faisant en sorte qu'il soit supportable. La jeunesse éternelle est un leurre évident, mais rien n'interdit de vouloir paraître plus jeune que son âge… »
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Le Dr Yves Runavot (à gauche), « pionnier » de la médecine anti-âge a convaincu deux de ses proches de s'y mettre, dont le Dr Pascal Outy (à droite). PR/AMP
N°2471 du 12/12/2008 |
Philippe Rechoub /AMP |


















