Reportage
Nord-Pas de Calais |
|
|
Alzheimer : les généralistes peuvent compter sur Méotis
Depuis dix ans, le réseau Méotis multiplie les actions dans toute la région Nord-Pas de Calais pour aider les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, leur entourage, mais aussi les professionnels médicaux et sociaux qui gravitent autour d'elles.
Catherine Dubois est l'une des quatre infirmières coordinatrices de Méotis, le réseau régional de la mémoire du Nord-Pas de Calais. A ce titre, elle parcourt le territoire du Hainaut, une zone géographique comprenant les villes de Valenciennes, Cambrai et Maubeuge. Comme tous les jours, elle se rend au domicile de personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ou de démences. « Je passe entre une et quatre heures avec elles et les personnes qui les accompagnent au quotidien, raconte Catherine Dubois. Je suis là pour expliquer la maladie, pour organiser le dispositif d'aide et de prise en charge et vérifier qu'il fonctionne correctement, mais aussi pour prévenir et gérer les situations d'urgence. »
L'infirmière coordinatrice fait le relais entre le patient et les différents intervenants qui le suivent : médecins traitants, services de neurologie et de gériatrie, services d'aide à domicile, assistantes sociales, etc. « J'interviens à la demande des familles ou des professionnels. Récemment, un médecin généraliste m'a appelé parce que l'une de ses patientes, suivie dans le cadre d'une consultation mémoire, ne supportait pas son nouveau traitement. Dans un cas comme celui-ci, je prends contact avec le neurologue pour voir comment on peut améliorer la situation. Si un changement intervient dans le traitement, j'en fais part au médecin traitant », raconte Catherine Dubois. Mais il arrive aussi qu'elle ait à orienter les membres de la famille vers des associations qui pourront les aider à faire face à la maladie ou à préparer l'entrée du patient dans une institution si cela se révèle nécessaire.
8 000 cas détectés chaque année
Ce travail de coordination effectué par Catherine Dubois et trois autres infirmières dans tout le Nord-Pas de Calais constitue la pierre angulaire du réseau Méotis. Fondé en 1998 (lire encadré) et porté par le Chru de Lille, ce réseau ville-hôpital se consacre à la prise en charge des personnes atteintes de maladie d'Alzheimer et autres maladies apparentées. Dans la région, entre 50 000 et 60 000 personnes de plus de 65 ans souffrent d'une maladie neurodégénérative et, parmi elles, 37 000 d'Alzheimer. Chaque année, 8 000 nouveaux cas sont détectés. Au quotidien, le réseau agit à plusieurs niveaux. « Notre rôle consiste d'abord à faciliter le diagnostic précoce afin de mettre en place au plus tôt une prise en charge adaptée, et éviter ainsi les situations de crise », explique Karine Fraysse, la directrice de Méotis. Quand un neurologue libéral de la région détecte des troubles cognitifs chez l'un de ses patients, il peut faire appel à l'un des trois neuropsychologues du réseau.
« Le diagnostic d'une maladie d'Alzheimer ou apparentée n'est pas toujours évident à faire, souligne Xavier Douay, neurologue libéral à Lambersart. Un trouble de la mémoire peut cacher des choses très variées – un stress tout simplement, ou une maladie d'Alzheimer, une démence à corps de Lewy, une démence fronto-temporale, etc. – nécessitant des traitements différents. Dans bon nombre de cas, après avoir effectué les premiers dépistages qui permettent d'exclure les causes biologiques ou vasculaires par exemple, il faut entreprendre des explorations plus poussées. »
C'est à ce stade qu'interviennent les neuropsychologues du réseau. Au cabinet des libéraux, dans les locaux des hôpitaux de la région ou à domicile, ils effectuent alors un bilan des fonctions cogni-tives du patient – évaluation qui peut durer entre une et deux heures. Une fois le bilan réalisé, ils transmettent une synthèse au neurologue qui pourra ensuite proposer, en accord avec le médecin généraliste, un traitement et un accompagnement adaptés. L'appui des neuropsychologues contribue aussi à faciliter le travail des généralistes qui effectuent parfois les tests préliminaires (MMSE, IADL, test de l'horloge, etc.) « Plus le diagnostic intervient tôt, plus il est facile d'expliquer la situation, d'anticiper et de bâtir un suivi adapté », insiste François-Xavier Allard, médecin généraliste à Rumaucourt. En 2007, les neuro-psychologues du réseau Méotis ont réalisé ainsi plus de 1 100 bilans pour le compte de médecins libéraux.
Former les professionnels, sensibiliser le public
Une fois le diagnostic effectué, le réseau organise la prise en charge du patient et orchestre les interventions des différents professionnels médicaux et sociaux. C'est le travail des infirmières coordinatrices. « Elles jouent un rôle très important, observe Xavier Douay, parce qu'à domicile, elles ont la possibilité de découvrir des réalités qui n'apparaissent pas lors des consultations en cabinet. » Difficultés sociales, soucis administratifs, souffrance des aidants… Elles sont aux premières loges pour détecter les problèmes et apporter des solutions. Christine Bourdais, médecin généraliste à Loos, s'est tournée vers le réseau pour accompagner une de ses patientes atteinte de démence et son conjoint. « J'avais perçu des diffi-cultés au sein du couple. Avec l'aide du réseau, j'ai pu faire intervenir un psychologue », précise-t-elle. En 2007, le réseau a pris en charge 513 patients et effectué 419 visites à domicile.
Une des missions du réseau est la formation des professionnels et du public. En cours d'agrément pour la FMC, Méotis a conçu avec l'Urml un cursus pour sensibiliser les médecins généralistes au diagnostic précoce. « Cette formation comporte trois séances en soirée sur une période de six mois. L'objectif est d'expliquer les enjeux du diagnostic précoce, et de présenter les tests réalisables par le généraliste, explique Karine Fraysse. La formation est basée sur des cas cliniques et des jeux de rôles permettant aux médecins d'évaluer leur pratique. » Cette année, ce cursus est suivi par une quarantaine de généralistes. Par ailleurs, l'équipe de Méotis intervient dans le cadre de l'Attestation universitaire d'études complémentaires (Auec) sur le diagnostic et la prise en charge des démences.
« Printemps de la mémoire »
Pour sensibiliser le grand public, mais aussi les professionnels du secteur médical ou social, Méotis anime de nombreuses manifestations en partenariat avec des structures de pro-ximité : réseaux de santé, Centreslocaux d'information et de coordination (Clic), etc. Méotis intervient, par exemple, dans le cadre du « Printemps de la mémoire », une journée d'information en milieu rural organisée par l'Association de coordination gérontologique de l'Arrageois (Acga) et le réseau Arras Santé. Il participe aussi aux animations orchestrées par le Clic de Saint-Amand-les-Eaux : forums sur la maladie d'Alzheimer, ateliers pour les aidants… L'accompagnement de l'entourage des patients fait aussi partie des missions du Clic. « Face à la maladie, il n'est pas rare que les aidants se retrouvent en difficulté mais n'osent pas en parler. Parfois, on s'aperçoit que derrière les problèmes de santé d'un patient se cache une grande détresse liée au fait qu'un proche est atteint de la maladie d'Alzheimer », constate Joël Chazerault, médecin généraliste à Lens. En 2007, le réseau Méotis a recruté deux psycho-sociologues de liaison pour épauler les infirmières coordinatrices. Leur mission : suivre les aidants et les orienter, si besoin est, vers des groupes de paroles et des associations.
_____
Pour sensibiliser les enfants à la maladie d'Alzheimer, le réseau Méotis propose des spectacles de marionnettes qui expliquent le fonctionnement de la mémoire.
amp
La formation des médecins au dépistage précoce de la maladie est une des missions du réseau Méotis.
dufay
N°2466 du 31/10/2008 |

















