Si « Le Généraliste » était paru en janvier 1903 - Un étudiant en médecine cocher de fiacre à Paris

Si « Le Généraliste » était paru en janvier 1903Un étudiant en médecine cocher de fiacre à Paris

Alain Létot
| 04.01.2016
  • histoire

Nous avons dans Paris un cocher de fiacre qui est étudiant en médecine. Il est électeur dans le XIe arrondissement.

M. T… est un garçon de vingt-sept ans, blond, franc, gai, l’air clair. Il est de Tourcoing. Ses parents sont bouchers. Il a fait des études au lycée de Tourcoing où il était boursier. Une fois bachelier, il a cherché position. D’abord clerc d’huissier à Lille, il eut l’idée de faire médecine tout en gardant cette charge. C’était possible (il n’y a pas en première année de travaux pratiques). Ensuite, il est venu à Paris. Il croyait y trouver facilement un emploi. Il n’a trouvé que la misère… Alors, il a fait de tout. Garçon de magasin, essayeur d’or et d’argent, homme de peine. Essayeur d’or et d’argent chez M. Mazin, 7 rue Pastourelle ; commis en bijouterie chez M. Cohelle, même rue ; homme de peine chez M. Seligmann, rue des Petites-Ecuries (2 francs 25 par jour pour cirer les parquets). Tant bien que mal, il passa ses examens. Il est marié depuis seize mois. Dans un jour de noire détresse, il fit appel à l’Assistance publique. Elle donna dix francs !

Un beau matin, il eut l’idée de se faire cocher de fiacre. Alors, c’est le cas de le dire, tout a marché sur des roulettes ! Il n’y a pas à le contester : c’est un métier intéressant ! Il y a cinq ans qu’il le fait. Il y a des aventures…

C’est très commode : il va à l’hôpital, il laisse sa voiture à la porte et la reprend en sortant. C’est ainsi que, jadis, il allait le matin à Lariboisière dans les services de MM. Dreyfus-Brissac et de Brault. Il a fait ensuite du stage, l’après-midi, à l’École de Médecine et à Clamart. Actuellement, il va plutôt à Andral.

Il sera docteur dans quelques semaines. Il a encore ses cliniques à passer (médicales, chirurgicales et accouchements, c’est-à-dire rien de difficile). Il a été refusé au dernier examen par sa faute. On l’interrogeait sur les signes de la pleurésie purulente ; il se laissa intimider.

Quand T… sera reçu, il pourra aller exercer à la campagne et, sans danger, conduire son cabriolet dans les chemins les plus difficiles…

(Gazette médicale de Paris, janvier 1903)

Source : Legeneraliste.fr
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